Goscinny, la naissance d’un mythe

Case tirée de «Le roman des Goscinny»
Photo: Grasset Case tirée de «Le roman des Goscinny»

« Ce n’est pas possible. Seules les héroïnes m’intéressent. Et ton père n’est pas un héros. » Voilà ce qu’a répondu la bédéiste française Catel (Muller) à Anne Goscinny, lorsque cette dernière lui a proposé de raconter la vie de son célèbre père. Heureusement, seuls les fous ne changent pas d’idée puisqu’il y a, disons-le, de la poésie dans le projet de raconter, en bédé, la vie de celui qui a marqué à tout jamais le neuvième art. Un genre considéré, lorsque Goscinny y faisait ses débuts (et même après), comme une forme de sous-littérature s’adressant aux enfants et aux non-lecteurs.

Bref, voilà la pierre d’assise du Roman des Goscinny. Naissance d’un Gaulois (Grasset), un ouvrage extrêmement bien fouillé avec, en son épicentre, un homme aimé autant de ceux qui l’ont lu que de ceux qui l’ont côtoyé. Et, surtout, une histoire qui nous mène de Buenos Aires, où Goscinny a passé son enfance, à New York, où il a vécu ses premières années d’adultes, pour, finalement, se conclure à Paris, ville où il a terminé ses jours en nous quittant, beaucoup trop tôt, à l’âge de 51 ans, des suites d’un infarctus. Chez le cardiologue. Oui, bête de même. D’ailleurs, cet épisode teinte le début de l’ouvrage, où il est raconté comment une jeune Anne, âgée de 18 ans, est allée rencontrer le cardiologue en question pour le confronter, point culminant d’un deuil qui ne se fera vraiment jamais.

 

D’emblée, l’ouvrage est judicieusement construit et l’histoire est racontée à deux voix : celle de René Goscinny, à la première personne, dont la parole est tirée d’archives de la télévision et de la radio, et celle d’Anne, fruit de nombreuses heures de conversation entre la fille et l’autrice. De cette façon, Catel réussit à casser l’effet de distanciation pas toujours agréable que l’on ressent lorsqu’on lit une bio, surtout lorsqu’il est question d’un des grands maîtres du rythme narratif ! Le contraire aurait été insultant pour la mémoire de Goscinny.

Même chose pour le dessin. Il aurait été décevant de se retrouver face à un dessin bâclé ou trop léché. Catel n’est aucunement intimidée par son sujet, qu’elle traite avec respect et sensibilité, et nous offre une belle ligne ronde et dynamique qui rappelle constamment la bouille sympathique de Goscinny.

Au final, un ouvrage biographique qui s’élève au-dessus des standards du genre. Par contre, ceux et celles qui s’attendent à passer plusieurs pages sur les genèses d’Astérix ou de Lucky Luke, par exemple, risquent d’être un tantinet déçus. Oui, ces moments charnières de l’histoire de la bédé sont abordés, mais par le biais de rencontres humaines (avec Uderzo, Morris ou Hergé, par exemple) qui mèneront, elles, à ces œuvres qui changeront, pour le mieux, l’histoire de la bédé et, par le fait même, qui feront le bonheur de millions de lecteurs.

 

Le roman des Goscinny - Naissance d’un Gaulois

★★★★

Catel, Grasset, Paris, 344 pages