«L’année où Sam a changé»: se découvrir à travers l’autre

Il y a une certaine douceur qui émane de l’écriture de l’auteure Linda Amyot.
Photo: Jacques Frenette Il y a une certaine douceur qui émane de l’écriture de l’auteure Linda Amyot.

Deuxième d’une famille de trois garçons, Nicolas, 12 ans, voue une admiration sans bornes à son grand frère, Samuel. Érigé en véritable modèle, l’aîné représente tout ce que son cadet veut devenir jusqu’à ce que la vie sème quelques écueils sur leur chemin, jusque-là sans faute. Ainsi, à travers les comportements douteux de Samuel, Nicolas s’éveille au monde, se soumet difficilement aux désillusions et, au bout du compte, prend conscience de sa propre unicité.

À l’instar de ses récits précédents — Le garçon aux chiens en tête — Linda Amyot investit dans son tout récent roman, L’année où Sam a changé, la complexité des relations humaines et familiales tout en creusant l’amour inconditionnel qu’il peut y avoir dans une fratrie.

 

Le regard admiratif que porte un garçon sur son grand frère, l’envie irrépressible et évidente de reproduire tout ce qu’il est témoigne non seulement d’une réalité tangible, identifiable et crédible, mais aussi d’une relation vécue dans cet espace-temps où tout est encore parfait, sans tache, en l’occurrence l’enfance.

Mais cette idéalisation se fendille doucement, à mesure que l’autre, le grand, s’éloigne, se découvre une vie en dehors du cercle familial, connaît la douleur de la peine d’amour et dérive dans quelques errances. De loin, et en silence, le petit épie son frère, devient le témoin de comportements ignobles.

À travers cette relation, qui permet à Nicolas de découvrir le monde et ses travers en dehors du cocon familial douillet, Amyot offre une histoire qui s’inscrit dans la lignée des romans de formation. Depuis la candeur du personnage jusqu’à la prise de conscience de son être, différent et indépendant de son frère, en passant par la désillusion, Nicolas incarne avec douceur et candeur ce passage de l’enfance à l’adolescence.

En empruntant l’angle de la fratrie, en insistant sur la beauté du lien qui unit les frères, Amyot offre avec justesse l’émotion de Nicolas et nous fait quitter l’enfance à travers lui. D’ailleurs, l’arrivée à l’école secondaire vécue par ce dernier s’inscrit dans cette période de mouvance, d’exploration qui oblige à quitter le nid et à découvrir le monde.

Authenticité de la plume

Si l’entrée dans l’adolescence est abordée avec sensibilité, un angle porteur et lumineux, qu’Amyot explore encore ici avec une plume à la fois dense, subtile et généreuse, le suspense entretenu tout au long du récit nous invitant à remettre en question le geste irréparable causé par Samuel tombe un peu à plat.

Le méfait commis par Samuel n’est pas sans gravité — quoique résolu dans la paix et le calme —, mais il relève du cliché, du déjà-vu, ce qui atténue la force du récit.

En revanche, comme l’histoire est narrée par Nicolas, que son point de vue est construit à partir de son expérience, sans a priori, en ce sens, l’auteure du Jardin d’Amsterdam réussit son coup. Elle parvient à rendre avec sincérité le chamboulement, la colère du garçon devant son monde qui s’écroule, son modèle qui n’est plus.

Il y a, finalement, une douceur et une authenticité qui émanent de l’écriture d’Amyot, une façon de raconter le monde à travers le prisme d’enfants et d’adolescents avant tout sensibles.

 

L’année où Sam a changé

★★★

Linda Amyot, Leméac, Montréal, 2019, 88 pages