Polar: aller-retour entre l’image et le mot

Avec «Ghetto X», Martin Michaud en est à son 19e livre.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Avec «Ghetto X», Martin Michaud en est à son 19e livre.

Martin Michaud est un homme occupé. Avec ce très prenant Ghetto X paru il y a quelques jours chez Libre Expression, il en est déjà à son 19e livre… sans compter que, depuis quelques années déjà, il scénarise pour la télévision les aventures de son enquêteur Victor Lessard. La troisième saison qui s’annonce reprend d’ailleurs le matériau brut de son plus récent roman.

Comment ne pas perdre le fil ? Comment peut-on écrire, presque en même temps, pour la télévision et pour le roman ?

 

Au téléphone, Martin Michaud précise tout de suite que l’écriture et la scénarisation sont deux univers complètement différents… reliés par des vases communicants.

« Ce sont évidemment les mêmes “muscles” qui travaillent chez le scénariste et le romancier, explique-t-il, mais c’est l’angle d’approche qui est différent. Dans le roman, il faut donner plein d’éléments au lecteur pour qu’il puisse construire un univers complet à partir de ce qu’il lit : couleurs, décors, atmosphères, etc. C’est même lui qui donne un visage aux personnages. À la télévision, c’est différent parce qu’avec les images, tout est là : il faut être plus précis, travailler plus sur les détails et sur les dialogues par exemple. Mais au bout du compte, et malgré toutes leurs différences, ce sont des univers qui se nourrissent l’un l’autre. » Ghetto X en est d’ailleurs l’exemple parfait. Martin Michaud raconte qu’il a commencé à écrire le roman en janvier 2018.

« Il y a déjà six ou sept ans que je voulais donner à Victor Lessard l’occasion de plonger dans son passé, d’explorer le côté sombre de son personnage en revenant à ses souvenirs d’enfance les plus douloureux. Il y avait pour moi une sorte de logique organique à ce qu’il accepte de revivre ces moments que la douleur et l’incompréhension lui ont fait refouler toute sa vie et qui le hantent depuis ce temps, mes lecteurs le savent. Comme lui, j’ai plongé et j’ai retrouvé l’angoisse du romancier qui, à chaque livre, se voit tout recommencer à zéro. »

Michaud explique qu’il change sa façon d’écrire selon qu’il le fait pour le roman ou pour la télévision. « Je ne crois pas avoir été “contaminé” par l’écriture télé. La muraille n’est peut-être pas infranchissable entre les deux univers, mais j’ai mis toutes mes tripes dans la rédaction du roman, comme d’habitude. »

Il rédige ainsi les deux tiers du livre… puis stoppe net et se met à l’écriture de la série. Il a terminé le scénario il y a quelques mois à peine, en juin, avant de revenir conclure le roman.

Cette enquête de Victor Lessard est l’une des plus prenantes qu’ait écrites Michaud. L’intrigue joue sur plusieurs tableaux à la fois, reflétant les tensions les plus marquantes qui déchirent le monde actuel : la montée de la droite, le populisme, la corruption, l’intolérance et les solutions simplistes des extrémismes en tous genres.

Tout l’art du romancier tient dans la définition des personnages qui vivent ces situations tendues à l’extrême. Lessard bien sûr, toujours aussi juste et entier dans sa quête, mais tous les autres aussi, en passant par sa partenaire Jacinthe Taillon et les acteurs du drame, tous déchirés eux aussi par leurs contradictions. C’est le roman d’un homme authentique, exigeant, précis.

« J’ai l’intention de continuer à jouer sur les deux tableaux, reprend le romancier-scénariste. C’est un très gros chantier, c’est exigeant, oui, mais je prends un plaisir fou à chevaucher ce vertige que je m’imagine être une sorte de dragon à deux têtes. Le défi est, comment dire, énergisant. À partir du même matériau, par exemple, on retrouvera dans le roman des choses qu’on ne verra pas dans les dix épisodes de la série. Et inversement, on verra à la télé des choses qui n’existent pas dans le roman. C’est grisant, non ? »

Les incontournables d’ici…

Les éditeurs québécois s’inspirent des feuilles d’automne… et publient à la pelle. À travers l’avalanche, on notera quelques changements d’équipe (Michaud passe chez Libre Expression et Pelletier retourne chez Alire) et deux ouvrages collectifs, tous deux chez Druide : Mystères à l’école (dirigé par Richard Migneault) et On tue la une (orchestré par Sonia Sarfati), dès septembre. On attend aussi avec impatience : Les offrandes, de Louis Carmain, chez VLB, en septembre ; On tue, de Jean-Jacques Pelletier ;et Ceux de là-bas, de Patrick Senécal, chez Alire, en novembre.

L’abondance caractérise également le carnet de publication automnal des éditeurs européens… à un point tel qu’on peut à peine en tracer le contour. On attend surtout la 27e enquête du commissaire Brunetti avec La tentation du pardon, de Donna Leon, en octobre, chez Calmann-Lévy ; le tout nouveau Paul Colize, Back up, à la Manufacture de livres, en octobre ; et Vik, de Ragnar Jonasson, chez La Martinière, en novembre. Curiosité : les mordus verront revenir avec ravissement l’auteur anonyme du très « gore » Bourbon Kid avec Que le diable l’emporte, chez Sonatine, en octobre. Festival de l’hémoglobine en perspective…

L’abondance caractérise également le carnet de publication automnal des éditeurs européens… à un point tel qu’on peut à peine en tracer le contour. On attend surtout la 27e enquête du commissaire Brunetti avec La tentation du pardon, de Donna Leon, en octobre, chez Calmann-Lévy ; le tout nouveau Paul Colize, Back up, à la Manufacture de livres, en octobre ; et Vik, de Ragnar Jonasson, chez La Martinière, en novembre. Curiosité : les mordus verront aussi revenir avec ravissement l’auteur anonyme du très « gore » Bourbon Kid avec Que le diable l’emporte, chez Sonatine, en octobre. Festival de l’hémoglobine en perspective…

Ghetto X

Martin Michaud, Libre Expression, Montréal, 2019, 608 pages