Sois «cool» et continue

The Bookish Life of Nina Hill, le roman de l’auteure britannique Abbi Waxman, vient de sortir en français sous le titre Comment être aussi cool que Nina Hill (Éditions Milady). Pour les amateurs de livres et de bibliothèques, le titre semble être plus intrigant en anglais qu’en français. Par contre, certains lecteurs francophones trouveront le mot cool attirant, notamment dans le contexte du lectorat des générations X et Y. La première est née dans les années 1960-1970, comme l’auteure, la deuxième, dans les années 1980-2000, comme les personnages principaux du roman. « Be cool and carry on ! » devient ainsi, on dirait, le slogan des deux générations confondues : celle des effets spéciaux et des courriels, et celle du numérique, des jeux vidéo et d’Instagram.

Née en 1970, Abbi Waxman signe trois best-sellers romantiques en trois ans. En Grande-Bretagne, elle travaille d’abord dans le domaine de la publicité et de la vidéo, avant de déménager aux États-Unis et de se consacrer à l’écriture. Elle publie The Garden of Small Beginnings en 2017, traduit en français sous le titre Les cœurs brisés ont la main verte, Other People’s Houses en 2018 et Nina Hill en 2019.

Dans son premier roman, Waxman met en scène un personnage féminin nommé Lili. Graphiste de profession, âgée de 34 ans, Lili suit des cours de jardinage en vue d’illustrer une encyclopédie botanique. Dans le deuxième, Frances, une mère de famille, déstabilise la vie conjugale des voisins dans un quartier chic de LA en les forçant à se questionner sur le sens du mariage et le rapport aux enfants.

Dans le troisième, Nina Hill est une libraire de profession férue de culture littéraire. À la fin de la vingtaine, elle vit seule avec son chat Phil, entourée de livres et d’amis. Un beau matin, Nina découvre que son père biologique, qu’elle n’a jamais connu, vient de décéder et qu’il lui laisse non seulement un héritage substantiel, mais aussi une grande famille qu’elle apprend à connaître. Elle tombe entre-temps amoureuse de Tom, un amateur de sports.

Génération Y

Nina Hill est un best-seller qui se donne pour mission de brosser un portrait stéréotypé de la génération Y. Il met en scène une jeune femme bien organisée et cool, sensible à son environnement, engagée dans toutes sortes d’activités sociales, amatrice d’une forme de culture marginalisée par les agglomérations des affaires, travaillant dans une librairie indépendante menacée de fermeture, et plutôt solitaire, jusqu’au moment où un homme (investi de valeurs chevaleresques) s’introduit dans sa vie.

Nina est enfant en 1990. Son attitude décontractée face à la vie provient du fait qu’elle se démarque par rapport à son environnement tout en restant sensible à sa propre conjoncture sociale : solitude affective et précarité d’emploi. Ce quotidien apparemment cool devient, par le geste de l’écriture normatif, transposable, traduisible. Un quotidien prêt-à-rêver pour les lecteurs et lectrices.

À l’âge du numérique et du jeu vidéo, Nina note à la main son calendrier du jour (illustrations à l’appui), lit plusieurs romans à la fois et s’abonne (ou gère) à des clubs de lecture. Elle refuse l’héritage venu d’un père inconnu et s’oppose aux valeurs de sa nouvelle famille baby-boomers ou génération X. Sans famille au-delà de sa propre mère (photographe mondiale et distante), elle se crée une famille d’amis, dont la propriétaire de la librairie Knight’s et les groupes des clubs de lecture.

Nina se veut la représentante de cette génération alors que, dans le fond, elle reste étrangère aux conditions sociohistoriques qui mènent à la précarisation et à l’appauvrissement de son environnement. Elle évite les incertitudes de la jeunesse qu’elle est censée représenter, celle qui galère pour se trouver une place sur le marché du travail, qui aspire à la mutation sociale dans un monde codifié par le capitalisme et hostile aux rêves environnementaliste et humaniste.

Comédie romantique

Sujet familier, approche familière ? Évidemment ! Faut-il rappeler que la Nina du roman est un mélange de Meg Ryan dans Vous avez un message (1998) et de Julia Roberts dans Notting Hill (1999) ? Plus vieux encore, le personnage d’Audrey Hepburn dans Funny Face (1957) confirme que des enjeux similaires étaient abordés par la génération des baby-boomers. Mais alors que Hepburn incarne une libraire exaltée et comique qui se réinvente comme une icône de la haute couture, Nina assume son rôle de libraire comme un retour du vintage, c’est-à-dire comme une forme de résistance culturelle.

De plus, alors que la comédie romantique donne des ailes aux personnages dans le présent immédiat de leur époque, le roman publié en 2019 tombe malheureusement dans le cliché nostalgique du cinéma populaire sans contribution réelle à la pratique littéraire et sans approfondissement du thème du cool.