Lise Bergevin tourne sa dernière page

Lise Bergevin a fait ses premiers pas dans le milieu comme adjointe à l’édition chez Larousse Canada, en 1976, avant d’en devenir la directrice générale.
Photo: iStock Lise Bergevin a fait ses premiers pas dans le milieu comme adjointe à l’édition chez Larousse Canada, en 1976, avant d’en devenir la directrice générale.

La directrice générale de Leméac Éditeur, Lise Bergevin, est décédée. Sa disparition a secoué le milieu de l’édition littéraire, dans lequel « cette grande dame » a oeuvré pendant des dizaines d’années.

La maison d’édition a confirmé la nouvelle sur sa page Facebook dimanche. « Afin de respecter les volontés de la famille de Lise Bergevin, la maison Leméac ne fera aucun commentaire avant quelques jours sur le douloureux événement qui nous frappe », a précisé l’éditeur Pierre Filion, avec qui elle tenait la barre de Leméac Éditeur depuis 1988. Avec Jules Brillant, ils avaient réussi à relancer la maison d’édition — fondée en 1957 — qui était alors au bord de la faillite.

« Je suis sous le choc, ça m’a vraiment touché d’apprendre sa mort. On s’est envoyé des emails au mois d’avril. Je n’étais pas au courant qu’elle était malade », témoigne Daniel Matte, qui a été pendant 12 ans son attaché de presse.

L’auteur et éditeur Jean Barbe partage ce sentiment de surprise. « Je lui ai parlé il y a quelques semaines. Elle était en congé maladie, mais ça allait. Ça s’est passé très vite, on ne s’y attendait pas. On vient de perdre une grande dame, une incroyable guerrière », confie au Devoir celui qui a travaillé de nombreuses années avec Mme Bergevin. Il se souvient d’elle comme d’une femme infatigable, pleine d’énergie et de volonté.

C’était aussi une personne entreprenante et volontaire, qui n’avait pas peur de s’imposer dans ce milieu encore très masculin, ajoute Pascal Assathiany, directeur général des Éditions du Boréal. « Elle était déterminée et allait toujours au bout de ses idées. »

« Le seul jugement qu’on peut porter sur un éditeur, c’est sur son catalogue, poursuit-il. Et si on regarde celui de Leméac, on peut dire qu’elle a fait de bons choix en publiant des auteurs qui ont marqué la culture québécoise. »

Avant de se retrouver à la tête de Leméac Éditeur, Lise Bergevin a fait ses premiers pas dans le milieu comme adjointe à l’édition chez Larousse Canada, en 1976, avant d’en devenir la directrice générale. Elle a aussi fait un passage aux Presses de l’Université de Montréal comme coordonnatrice des revues savantes, en 1988.

Ça s’est passé très vite, on ne s’y attendait pas. On vient de perdre une grande dame, une incroyable guerrière.

Une fois à la barre de Leméac Éditeur, elle a conclu une entente de collaboration en 1989 avec la maison d’édition française Actes Sud pour permettre une plus large diffusion des oeuvres des auteurs québécois et canadiens, dont Michel Tremblay et Antonine Maillet.

La maison s’est aussi enrichie d’une série de récits provenant de l’Espagne, de la Russie, de l’Italie, de la Suède ou encore de la Roumanie. « En ne voyant que des noms québécois et canadiens, je sentais bien que les éditeurs étrangers me disaient à mots feutrés que nous dirigions une maison d’édition nationale. J’ai vite compris qu’il fallait faire un effort pour s’ouvrir au reste du monde », expliquait Mme Bergevin en entrevue avec Le Devoir, en 2007, au moment de célébrer les 50 ans de la maison d’édition.

Trois ans plus tard, elle a reçu le prix Fleury-Mesplet, pour souligner sa contribution au progrès de l’édition québécoise.

Une femme passionnée

Grande amoureuse de la littérature, Lise Bergevin vivait sa passion au quotidien en évoluant dans le monde de l’édition. « C’était une grande lectrice ! À force de parler constamment d’auteurs et de livres, elle m’a même donné le goût de lire et m’a fait découvrir mes écrivains préférés », raconte Daniel Matte.

« Lise aimait les écrivains, les protégeait, veillait à leur éclosion », explique de son côté Jean Barbe. Sans son aide, lui-même ne serait jamais devenu l’auteur et l’éditeur qu’il est aujourd’hui, croit-il, affirmant avoir repris confiance en lui grâce à son écoute et à ses encouragements.

L’auteur Simon Boulerice partage son avis. « Un jour, elle a senti mes doutes, mes questionnements. Elle m’a invité à dîner dans la Petite-Italie et je me souviens être sorti de là allégé, mais surtout éclairé », confie celui qui publie chez Leméac Éditeur depuis huit ans.

De Mathieu Bélisle à Audrée Wilhelmy, en passant par Sarah Rocheville et Alain Beaulieu : nombre d’écrivains ont fait part de leur tristesse sur les réseaux sociaux dimanche. Chacun y est allé de son hommage à la « grande dame », tous n’ayant que de bons mots pour la décrire.