L’Observatoire de la culture brosse un portrait à la baisse des ventes de livres

Le livre québécois continue essentiellement de se vendre de manière traditionnelle, en passant par les bonnes vieilles caisses enregistreuses.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le livre québécois continue essentiellement de se vendre de manière traditionnelle, en passant par les bonnes vieilles caisses enregistreuses.

L’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) a dévoilé ses statistiques 2017 et 2018 sur les ventes de livres, y compris celles faites en librairie, dans les grandes surfaces et dans les grands magasins, mais aussi celles faites par les distributeurs et des éditeurs. En 2018, il s’est ainsi vendu pour 613,8 millions de dollars de livres, une somme de 1,1 % inférieure à celle de 2017, alors de 620,4 millions. Si elle se stabilise, la baisse entamée depuis dix ans dans les ventes de livres se poursuit tout de même, pour atteindre 19,5 % ou 148,8 millions de dollars.

Il s’est vendu pour 614 millions de dollars de livres neufs du Québec en 2018, selon l’OCCQ. Depuis cinq ans, les ventes dans les grands magasins, les pharmacies, les kiosques à journaux, les papeteries et compagnie ont diminué de 11,6 millions de dollars ; celles en « grandes surfaces au rabais » ont aussi chuté, de 7,1 millions de dollars. Les ventes en librairie, à –0,7 million de dollars, sont plutôt stables ; une légère hausse de 0,8 %, pour atteindre 397 millions, se remarque par ailleurs de 2017 à 2018. Et les ventes faites directement par les éditeurs, par le truchement de sites Internet ou des salons du livre, par exemple, ont augmenté de 7,4 millions de dollars.

Une « partie des ventes aux consommateurs se fait aussi par les éditeurs (20 %) et par les distributeurs de livres (3 %) », peut-on lire dans le rapport. Les librairies indépendantes, elles, ont vendu pour 232,7 millions de dollars de livres, soit 59 % des ventes en librairie. « Les ventes de l’ensemble des librairies appartenant à une chaîne ont diminué de 6,2 % entre 2015 et 2018, pendant que celles de l’ensemble des librairies indépendantes ont augmenté de 8,4 %. » Des fluctuations qui peuvent avoir été influencées par l’achat de librairies indépendantes par des chaînes, entre autres choses ; mais on peut tout de même extrapoler à partir de ces chiffres une tendance générale, précise Christine Routhier, chargée de projet à l’OCCQ.

Depuis cinq ans, « les ventes aux particuliers, qui constituent environ 80 % des ventes des librairies, ont diminué de 12,0 M$ », tire-t-on encore de l’enquête, tandis que les ventes aux collectivités, c’est-à-dire aux bibliothèques, ont augmenté de 11,3 millions de dollars.

En analysant le tableau des « flux monétaires dans l’industrie », on constate que les ventes directes des distributeurs du Québec, y compris celles faites aux acheteurs de l’extérieur, atteignent 20 millions de dollars pour 2018. Se trouvent dans ce montant, sans qu’on puisse les départager des ventes faites dans les salons du livre, par exemple, celles qu’effectuent les grandes plateformes numériques commerciales maison comme Renaud-Bray et libraires.ca, mais aussi les ventes de livres québécois faites par les géants tels Amazon et consorts. En les comparant avec les ventes de 473 millions de dollars des détaillants du Québec, on peut déduire que le livre d’ici continue essentiellement de se vendre de manière traditionnelle, en passant par les bonnes vieilles caisses enregistreuses.

Deux regards, deux mesures

Les deux organismes qui mesurent les ventes de livres au Québec arrivent rarement — ceux qui font leurs bilans régulièrement auront envie de dire jamais… — à des statistiques similaires. Là où le bilan Gaspard 2018 de la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF) parle d’une augmentation des ventes de 5,3 % en 2018, l’OCCQ note une baisse de 1,1 %. C’est que les objectifs de mesure, l’échantillonnage et la méthodologie sont complètement différents.

Gaspard trace un portrait micro, très spécifique ; l’OCCQ esquisse un plan large. Plus précisément, le bilan Gaspard calcule les ventes sonnantes et vérifiables aux caisses, à partir du numéro d’ISBN des livres — pas de papeterie ni de chinoiseries y sont comptées —, et seulement sur les bouquins en français. Les informations sont récoltées sur 230 points de vente, principalement des librairies indépendantes. On y détaille les montants des ventes, mais aussi le nombre de livres vendus, par genres littéraires, avec des palmarès des livres qui se vendent le mieux.

Les chaînes Renaud-Bray et Archambault n’y participent pas. Celles-ci ont toutefois le devoir légal de répondre aux questions de l’Institut de la statistique du Québec, utilisées par l’OCCQ. La cueillette de données se fait par recensement, étant donné que les sondés s’abstiennent parfois de répondre pour un mois donné (l’extrapolation est alors nécessaire) et que leurs réponses ne sont pas vérifiées. Les livres numériques et anglais y sont inclus, mais ces derniers ne sont pas départagés. Le portrait est vaste, plus complet — les ventes comptant celles des librairies (les coops sont incluses ici parmi les librairies) et celles directes des distributeurs et des éditeurs — mais moins précis.

Hypothèses pour une baisse

Différents facteurs pourraient expliquer la diminution depuis 2014 des ventes de livres aux particuliers chez les détaillants, conclut l’enquête Les ventes de livres en 2017 et 2018 par l’Observatoire de la culture et des communications. « Les Québécois dépensent moins qu’il y a cinq ans pour acheter des livres », lit-on, ce qui pourrait refléter « une tendance à lire d’autres types d’écrits, notamment [ceux] disponibles gratuitement » sur la Toile, ou à consacrer temps et argent à d’autres types de loisirs — pensons Netflix ou Spotify, pour l’exemple. Une partie des livres — numériques, papier, en français, en anglais ou en d’autres langues… — peut aussi être achetée chez les géants du commerce numérique, et échapper à tous les recensements faits ici.