«Écrire, aimer, penser»: douze retours accompagnés

Pierre Vadeboncœur, l’un des plus grands essayistes que le Québec ait connus, est décédé en 2010.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Vadeboncœur, l’un des plus grands essayistes que le Québec ait connus, est décédé en 2010.

C’est un livre riche en réflexions, en pistes de lecture et en manières de voir. Par sa nature, il s’agit surtout d’un livre multiple, et cette variété — de pratiques, de sensibilité — est peut-être ce qui fait son plus grand intérêt.

Écrire, aimer, penser rassemble une série d’entretiens pour la plupart récents et inédits sur « l’essai et la création littéraires » avec une douzaine d’écrivains québécois qui « pensent » en écrivant.

Étienne Beaulieu, Jacques Brault, François Dumont, Louise Dupré, Madeleine Gagnon, Robert Hébert, Suzanne Jacob, Robert Lalonde, Monique LaRue, Nicolas Lévesque, Yvon Rivard et Pierre Vadeboncoeur ont tous répondu aux questions de Gérald Gaudet, qui a longtemps enseigné la littérature au cégep de Trois-Rivières avant d’être chargé de cours à l’UQTR.

Autant de « retours accompagnés » sur leur oeuvre, autant de propositions et d’éclats d’une pensée riche et pertinente sur la création, d’autant plus lorsqu’on mesure que chacun d’entre eux a appliqué ces conceptions en produisant une oeuvre généralement consistante.

À commencer par Pierre Vadeboncoeur (décédé en 2010), l’un des plus grands essayistes que le Québec ait connus, qui a accordé à Gérald Gaudet un entretien en 1987 à l’occasion de la sortie de ses Essais inactuels, où il rappelait que toute sa vie créative a été guidée par l’émotion et le désir.

Pour le philosophe Robert Hébert, rencontré dans son « atelier » du quartier Villeray à Montréal, la philosophie est un « service public » essentiel. D’autant plus à notre époque, où « l’intoxication médiatique est quotidienne, où tout est soumis aux diktats de l’économie par une classe politicienne disons philistine et pourrie à l’os ».

Romancier et essayiste (Le dernier été des Indiens, Le monde sur le flanc de la truite), Robert Lalonde, pour sa part, parle sans mâcher ses mots de son rapport à l’écriture, du feu sacré qui l’anime. « Pour moi, le travail de création, c’est ça : c’est quelqu’un capable de risquer même une forme d’impopularité ou même d’inconvenance — on est dans une société tellement convenue — en apportant une idée nouvelle… »

Espace de rencontre et de méditation, lieu où se créent des liens, une possibilité de sens, l’essai littéraire pour Yvon Rivard (Le milieu du jour, Aimer, enseigner) est un moyen « d’humaniser le monde ». « L’essai, c’est le roman de la pensée qui travaille à construire une sorte d’arche de Noé dans laquelle les plantes, les animaux et les humains apprennent à parler la langue du vivant en obéissant à des vérités et à des forces contraires. »

Une conception du genre, en somme, qui rejoint bien celle du philosophe et sociologue allemand Theodor Adorno, pour qui « la loi formelle la plus profonde de l’essai est l’hérésie ».

Écrire, aimer, penser: Entretiens sur l’essai et la création littéraires

★★★ 1/2

Gérald Gaudet, Nota Bene, Montréal, 2019, 270 pages