«L’espion de trop»: le débarquement de Gaspésie

Pour ce qui est du dessin de VoRo, il sert le genre malgré, parfois, un côté un tantinet générique et un peu rigide dans l’utilisation de la perspective.
Photo: Glénat Québec Pour ce qui est du dessin de VoRo, il sert le genre malgré, parfois, un côté un tantinet générique et un peu rigide dans l’utilisation de la perspective.

Le 9 novembre 1942. Werner von Janowski, un officier et espion allemand, connu sous le nom de code Bobbi, débarque d’un sous-marin U-518 à quatre miles de New Carlisle, en Gaspésie. Il a pour mission d’aller à Montréal pour contacter le « führer canadien », Adrien Arcand, un sympathisant nazi qui sévit au Québec.

Malheureusement pour Bobbi, il est rapidement démasqué par le fils du propriétaire de l’hôtel où il s’installe et est arrêté par l’agent de la police provinciale Alfonse Duchesneau, qui le remet à la GRC. Acculé au pied du mur, Von Janowski accepte de devenir agent double, avant d’être transféré en Angleterre pour y être emprisonné.

Deux théories existent à propos de l’histoire (vraie) de Von Janowski : soit il fut l’espion le plus incompétent de l’histoire, soit il a été victime d’une guerre de pouvoir au sein des services secrets allemands alors que certains hauts gradés pensaient pouvoir tirer avantage de son échec.

C’est cette deuxième théorie qui a servi de point de départ à L’espion de trop, une bédé éditée par Glénat Québec dont le scénario est signé par Frédéric Antoine (Français installé au Québec, ex-rédacteur en chef de Safarir), alors que les dessins sont l’oeuvre du Québécois VoRo (prix Bédélys Québec 2001, prix Réal-Fillion 2002 du Festival Québec BD et Prix du meilleur album 2002 du site Québec BD pourLa mare du diable).

Bien évidemment, le format plutôt court (56 pages) étant ce qu’il est, on prend ici quelques libertés avec cette histoire qui aurait, honnêtement, peut-être mérité un traitement plus approfondi. Et si la langue québécoise y est relativement bien représentée, il y a quand même ce côté un peu trop propre en ce qui a trait au niveau de langage utilisé. De fait, certains personnages donnent l’impression d’avoir suivi le cours classique des Frères des écoles chrétiennes plutôt que d’avoir grandi dans la péninsule gaspésienne. Certes, l’un n’empêche pas l’autre, mais cette couleur locale aurait pu ajouter une touche de réalisme au récit quand même bien ficelé.

Pour ce qui est du dessin de VoRo, il sert très justement le genre malgré, parfois, un côté un tantinet générique et un peu rigide dans l’utilisation de la perspective. La ligne claire, bien maîtrisée, fait son effet, et la palette de couleurs, qui pige principalement dans le brun et l’orangé, situe très bien le côté austère de cette époque fleurant le bois verni. Quant au découpage du scénario, fluide et clair, il donne du relief aux scènes d’action.

Si L’espion de trop n’offre en rien une révolution du genre bédé d’espionnage, l’ensemble, par la curiosité que suscitent sa prémisse et son rendu général, s’avère assez réussi pour nous donner envie de plonger dans cet univers particulier, la Seconde Guerre mondiale vue de chez nous au travers ses petites histoires locales. Il y a un genre de filon à exploiter, ici, et ce duo composé de Frédéric Antoine et de VoRo semble tout désigné pour le faire ! À suivre ?

L’espion de trop

★★★

Frédéric Antoine et VoRo, Glénat Québec, Montréal, 2019, 56 pages