«Le petit livre french pop»: ça fait boom!

À eux deux, Hervé Bourhis et Hervé Tanquerelle retracent plus de 50 ans d’histoire musicale française dans ce qu’elle a eu de meilleur à nous proposer depuis le titre «Fais-moi mal, Johnny».
Photo: Bourhis et Tanquerelle À eux deux, Hervé Bourhis et Hervé Tanquerelle retracent plus de 50 ans d’histoire musicale française dans ce qu’elle a eu de meilleur à nous proposer depuis le titre «Fais-moi mal, Johnny».

« Le rock français, c’est comme le vin anglais. » La citation, de Lennon, est passée à l’histoire et sert à démontrer à quel point le rock hexagonal n’a jamais vraiment eu la cote.

Et pourtant, si les Français n’ont effectivement pas marqué autant l’histoire du rock que l’ont fait les Anglais (personne ne se souvient de l’invasion française), il faut leur donner qu’ils ont su créer un genre bien à eux : la French pop.

Une musique éclectique qui n’est « ni de la chanson française, ni du rock, ni du rap, ni de l’électro, mais un peu de tout ça réuni », selon les deux Hervé (Bourhis et Tanquerelle) qui signent, avec Le petit livre French pop, une BD ambitieuse qui pose un regard aussi total que le permet le genre sur cet amalgame musical né au milieu des années 1950.

Les deux Hervé

Hervé Bourhis, scénariste et dessinateur, n’en est pas à ses premières armes lorsqu’il est question de musique pop et de bédé, ayant à son actif des titres tels Le petit livre rock ou Le petit livre Beatles.

Pour cette partition créée à quatre mains, il s’adjoint les services d’Hervé Tanquerelle, un dessinateur qui a, entre autres, collaboré avec Joann Sfar sur la série Professeur Bell.

À eux deux, ils retracent plus de 50 ans d’histoire musicale française dans ce qu’elle a eu de meilleur à nous proposer depuis le titre Fais-moi mal, Johnny, une pièce signée Boris Vian et endisquée en 1956 par Magali Noël.

La démarche peut sembler un peu ambitieuse, celle de réussir à raconter toutes les grandes histoires et petites anecdotes associées à un genre musical si étendu. Cependant, les Hervé réussissent à maintenir de la discipline et de l’ordre en y allant chronologiquement, saucissonnant le tout par année et commençant systématiquement chacune d’elle par la reproduction dessinée de la pochette de ce qu’ils considèrent en être l’album le plus représentatif.

Par la suite, de courtes vignettes racontent des anecdotes portant sur la musique ou sur certains événements sociaux ayant eu des répercussions sur ce que les Français ont écouté et qu’ils ont vigoureusement su exporter.

Marge de manœuvre

On entre donc dans la BD à peu près n’importe où, ce qui rend la lecture fragmentée non seulement possible, mais souhaitable, étant donné la quantité assez impressionnante d’informations que l’on y retrouve.

Le ton, documenté et léger, rend l’ensemble amusant, surtout lorsque les auteurs reprennent des épisodes pas très glorieux de l’histoire, telle cette chicane par chansons interposées entre Antoine et Johnny Hallyday.

Le dessin, à la limite de la caricature, laisse assez de marge de manœuvre pour que l’on puisse s’y perdre, chaque vignette ayant le potentiel de déclencher un souvenir et, surtout, de donner l’envie d’aller fouiller pour trouver les chansons dont il est question.

Un grand oublié

Gros bémol : un seul oublié, et pas des moindres, soit Alain Souchon, dont on ne fait même pas mention.

On pardonne quand même cet oubli à cette BD fort agréable, ne serait-ce que parce qu’elle redonne le goût d’écouter de la musique le nez plongé dans une pochette d’album. C’est déjà beaucoup.

Le petit livre French pop

★★★

Hervé Bourhis et Hervé Tanquerelle, Dargaud, Paris, 2019, 244 pages

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