«Paris occulte»: et dansent les tables!

<p>Matot présente dans ce document accessible la fine fleur d’une mouvance qui dépasse le pur divertissement.</p>
 
Photo: Parigramme

Matot présente dans ce document accessible la fine fleur d’une mouvance qui dépasse le pur divertissement.

 

Un peu avant sa mort, le surréaliste René Crevel fit usage de l’une de ces tournures dont lui seul avait le secret : « Au revenant s’oppose le devenant. » Ironiquement, 12 ans plus tôt, l’homme qui avait flirté avec le spiritisme avait tenté d’initier le groupe d’André Breton aux rêves éveillés. « On dut interrompre cette “activité expérimentale”, écrit Bertrand Matot, alors que Crevel menaçait de se pendre et que [Robert] Desnos poursuivait [Paul] Éluard avec un couteau. »

Voici le genre d’anecdote qui peuple le quatrième ouvrage du documentaliste à qui l’on doit des travaux sur la Résistance, sur le commerce de l’opium et sur les femmes antiféministes. Matot signe ici un livre copieusement illustré (plus de 150 photographies) qui retrace près d’un siècle d’occultisme et réaffirme l’improbable dissémination du phénomène dans la Ville Lumière.

De Victor Hugo aux surréalistes, la plupart des écrivains, journalistes et politiques français de la fin du XIXe et du début du XXe ont été fascinés par l’occulte, si l’on en croit l’auteur. D’ailleurs, Hugo affirmait avoir communiqué avec plus d’une centaine d’esprits, dont ceux de Balzac et de Jésus. En 1891, Huysmans écrivait : « Alors que le matérialisme sévit, la magie se lève. » Quarante ans plus tard, 34 600 cabinets occultes sont déclarés à la préfecture de police de Paris.

Allant des gourous rosicruciens aux féministes ésotériques, de Madame Blavatsky à Georges Bataille, en passant par des illuminés comme Aleister Crowley, Raspoutine et Gurdjieff, des cinéastes comme Georges Méliès, des composteurs comme Érik Satie, ainsi qu’une flopée de conseillers d’Hitler sévissant à l’heure où une vague de religiosité envahit les esprits, Matot présente dans ce document accessible la fine fleur d’une mouvance qui dépasse le pur divertissement.

Pour paraphraser Crevel : voici un courant à la lumière éclatante ; lisons néanmoins ce livre avec la ferme intention de ne pas trop nous laisser éblouir…

Paris occulte

★★★

Bertrand Matot, Parigramme, Paris, 2018, 128 pages