«Marguerite Yourcenar. Portrait intime»: entre l’érudition et la magie

Au fil des pages et des photos du livre d’Achmy Halley, on découvre une femme proche de la vie, foncièrement marginale et écologiste avant l’heure.
Photo: Silvia Baron Supervielle Au fil des pages et des photos du livre d’Achmy Halley, on découvre une femme proche de la vie, foncièrement marginale et écologiste avant l’heure.

Son nom évoque le classicisme et l’érudition. Mais Marguerite Yourcenar puisait aussi dans la magie, celle des voyages comme celle, plus prosaïque, de la cuisine, pour écrire ses romans.

C’est ce que dévoile le très beau Marguerite Yourcenar. Portrait intime, qu’Achmy Halley signe chez Flammarion.

Au fil des pages et des photos, on découvre une femme proche de la vie, foncièrement marginale et écologiste avant l’heure, notamment dans le cadre des décennies passées sur l’île de Mount Desert, au large du Maine, aux États-Unis, en compagnie de sa compagne Grace Frick. Là-bas, les deux femmes sont perçues comme des « hippies avant la lettre », militantes pacifistes et écologistes, ne mangeant pas de viande.

 

Première femme à avoir été reçue à l’Académie française, elle regrettait d’être devenue du même souffle une vedette « ennuyeuse » plutôt qu’une femme qui tente de capter la réalité. Elle se définissait comme « un être qui se sent perpétuellement brûler ».

Yourcenar est l’anagramme de son vrai nom (Marguerite de Crayencour). C’est un nom que l’écrivaine a choisi à l’âge de 18 ans, en 1921, lorsque son père lui offre en cadeau l’édition de son premier livre, un poème, Le jardin des chimères. Yourcenar ne deviendra son nom officiel qu’en 1947, lorsqu’elle prendra la nationalité américaine.

Pour Marguerite Yourcenar, écrire est un artisanat complexe, fait de sensibilité, d’érudition et de magie. Elle-même dit qu’elle a écrit Mémoires d’Hadrien avec un pied « dans l’érudition, un pied dans la magie ». Pour elle, la littérature se rapproche de la cuisine.

« Écrire un grand livre, c’est comme faire frire un plat de poisson ou un ragoût de légumes. C’est mettre toute l’attention, tout le talent, toute la bonne volonté dont on est capable, dans une seule action », disait-elle. De la même façon qu’elle s’arrête de pétrir la pâte à pain lorsque celle-ci est prête, elle sait quand son texte est à point.

« Faire son pain est comme écrire. La main doit sentir quand la pâte est prête et qu’il faut arrêter de la travailler. Il en est ainsi d’une page, d’une phrase », dit-elle.

Marguerite Yourcenar considérait que L’œuvre au noir était son meilleur livre. Pourtant, son plus célèbre est sans doute Mémoires d’Hadrien, qui s’immisce dans la vie de l’empereur romain.

Dans sa maison de Petite-Plaisance, sur l’île de Mount Desert, elle avait décoré deux abat-jour d’inscriptions grecques et latines alors que mûrissait lentement cette œuvre.

Même si elle disait être « avant tout la femme des voyages », Yourcenar a dû s’immobiliser durant de longues années à Petite-Plaisance durant la maladie qui a dévoré sa compagne. « Elle est ma famille pour le moment », avait-elle dit de Grace Frick durant cette maladie. Après le décès de Grace, Yourcenar vivra de nouvelles amours, tourmentées elles aussi, avec le jeune Jerry Wilson, qui décédera finalement du sida.

Yourcenar s’éteindra pour sa part en décembre 1987, après l’écriture du dernier tome de ses chroniques familiales : Quoi ? L’éternité.

Marguerite Yourcenar. Portrait intime

★★★ 1/2

Achmy Halley, Flammarion, Paris, 2018, 208 pages