«Bouts d’ficelles»: tintamarre, marre, marre…

Le dessin de Pont, quelque part entre un Daniel Goossens et un Manu Larcenet, tout en mouvements lestes et en expressions exacerbées, émerveille tellement il convient à ce cauchemar éveillé.
Photo: Dargaud Le dessin de Pont, quelque part entre un Daniel Goossens et un Manu Larcenet, tout en mouvements lestes et en expressions exacerbées, émerveille tellement il convient à ce cauchemar éveillé.

Bouts d’ficelles, virtuose proposition du bédéiste et metteur en scène Olivier Pont, aurait pu n’être que pâle copie : une descente aux enfers à la Martin Scorcese dans After Hours (1985), où un informaticien sans histoire était entraîné dans une spirale de mésaventures où le pire n’en finissait plus d’empirer, une nuit durant à travers New York.

De ce canevas, transposé dans le Paris d’aujourd’hui, où c’est un obèse esseulé en linge mou qui subit bien malgré lui la vertigineuse dégringolade, Pont a improvisé un véritable parcours libérateur à travers l’horreur, dont on sort transformé.

Improvisé n’est pas ici un vain mot : le créateur (avec Abolin) du diptyque Où le regard ne porte pas s’est lancé sans autre scénario, découpage ou fil conducteur que le principe de la chaîne causale désastreuse… et une comptine. Rappelez-vous : « Trois p’tits chats… / Chapeau d’paille… / Paillasson… / Somnambule… / Bulletin… / Tintamarre… / Marabout… / Bout d’ficelle… » Et ainsi de suite.

Nous sommes ainsi conviés à une fascinante et haletante nuit dans les bas-fonds, les rues et les hauteurs de Paris en compagnie du dénommé Thibault Contine et toute une galerie de personnages tantôt terrifiants (gang de criminels, flics en poursuite), tantôt épatants (un édenté débrouillard nommé L’Épouvantail, une Musidora moderne sautant de toit en corniche).

Le dessin de Pont, quelque part entre un Daniel Goossens et un Manu Larcenet, tout en mouvements lestes et en expressions exacerbées, émerveille tellement il convient à ce cauchemar éveillé.

Qu’advient-il de notre pauvre gars victime du sort au point d’en perdre son linge mou ? Eh bien, après « bout d’ficelle » dans la comptine, il y a « selle de cheval », et puis « cheval de Troie », et puis…

Bouts d’ficelles

★★★★

Olivier Pont, Dargaud, Paris, 2018, 128 pages