«Mont de rien»: souvenirs d’un gamin mélancolique

Ce roman de Maxime Catellier contient le bourgeon de tous les désirs et de toutes les colères ayant fleuri dans les 11 précédents livres du poète.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Ce roman de Maxime Catellier contient le bourgeon de tous les désirs et de toutes les colères ayant fleuri dans les 11 précédents livres du poète.

C’est le Maxime Catellier que l’on connaît, mais c’est aussi un Maxime Catellier inédit, d’une vulnérabilité avec laquelle on ne renoue sans doute que lorsqu’on se remémore son enfance. C’est une voix timide, apprenant à nommer ses rêves, à laquelle Mont de rien nous invite à tendre l’oreille.

C’est l’histoire, en vers, d’un p’tit gars de Saint-Anaclet-de-Lessard (à huit kilomètres de Rimouski), dressant l’inventaire de ses émerveillements (crème glacée, musique, cartes de hockey) et de ses peurs (que sa mère ne revienne jamais de la banque ou qu’une « dame blanche » — un fantôme — hante sa maison). C’est la mélancolie du gamin qui sait trop bien que le sursis de réalité dans lequel il flotte se terminera bientôt.

Bref mais généreux, ce « roman en trois périodes et deux intermèdes » contient le bourgeon de tous les désirs et de toutes les colères ayant fleuri depuis 2005 dans les 11 (!) précédents livres du poète. Catellier le surréaliste, ayant foi en sa capacité de modeler le monde ? Il est partout dans Mont de rien. Le Catellier de La mort du Canada (Poètes de brousse, 2009), révolté par cette monstruosité inexplicable qu’est la haine de l’autre ? Là itou. Le Catellier ému par le sang, la sueur et l’héroïsme ? Il se signale également, oui, dans ces deux poèmes de hockey (les intermèdes) écrits comme si Rabelais avait miraculeusement volé à Claude Quenneville sa place sur la passerelle. C’est un peu le Catellier anarchiste de son essai Le temps présent (Boréal, 2018) que l’on rencontre dans sa forme la plus élémentaire et la plus pure, alors qu’il confie sa « hâte de pouvoir / lire toute la nuit / sans avoir à [se] cacher / parce que dans [son] île / on va dormir le jour / l’école sera la nuit / et il n’y aura pas de maître ». Le problème ? « C’est long / d’attendre / le paradis / quand on ne sait pas / dans quel sens / y aller. »

C’est l’histoire d’un p’tit gars qui veut fuir, parce qu’il comprend de plus en plus qu’il ne pourra aimer sa région qu’à distance, et que Saint-Anaclet-de-Lessard ne sait que faire des différents, des sensibles comme lui.

Il y a donc dans Mont de rien le charme attendrissant de ces chroniques d’une enfance au tournant des années 1980 et 1990, qui occupent beaucoup de place en librairies depuis quelques années. Mais il y a surtout dans ces souvenirs la tragédie fondatrice du constat de sa propre inadéquation au monde, à laquelle Maxime Catellier, désormais père, ne peut plus opposer la facilité irresponsable du cynisme et du présentisme.

Il y a dans Mont de rien l’hommage le plus dénué de quétainerie que vous puissiez imaginer à la littérature comme inviolable cachette et comme outil de transmission, employé ici par Maxime Catellier afin de dire à son fils qu’il l’aime. « […] [M]ais maintenant que je suis assez vieux pour te raconter tout ça, petit, maintenant que je pars de cette île pour te donner un monde à construire entre le jour et la nuit, un monde où tes peurs vont guérir les miennes, je vais essayer de garder une trace de ma vie », annonce-t-il dans la fiévreuse logorrhée de quinze pages (une « prolongation ») concluant sa grosse game. « Je vais écrire mon histoire. » C’est la fin du livre, et le début de plein d’autres.

Mont de rien

★★★ 1/2

Maxime Catellier, L’Oie de Cravan, Montréal, 2018, 128 pages