«Françoise en dernier»: pastorale américaine

Le livre de Daniel Grenier est la trajectoire d’une conscience libre.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le livre de Daniel Grenier est la trajectoire d’une conscience libre.

En janvier 1963, quelque part entre Whitehorse et Fort St. John, Helen Klaben et le pilote Ralph Flores, deux Américains, ont survécu à l’écrasement du petit avion dans lequel ils se trouvaient. Ils ont passé 49 jours en forêt, en plein coeur de l’hiver, « à manger de la pâte à dents et à boire de la neige fondue » avant d’être secourus in extremis.

C’est une histoire vraie, racontée par la jeune femme de 21 ans dans un livre qui paraîtra l’année suivante, Hey, I’m Alive !.

De l’autre côté du continent et de la réalité, Françoise est une adolescente de la banlieue de Montréal à la fin des années 1990. Il lui arrive de disparaître, de pénétrer dans des maisons désertes. Elle se fait à l’occasion kleptomane, éprouve le désir brûlant de prendre ce qui ne lui appartient pas. « Ce n’était pas un trésor, c’était un geste, le vol, le geste de le faire. »

Après s’être approprié un exemplaire du magazine Life de 1963 où on racontait les mésaventures d’Helen Klaben, une connexion s’opère. Et un jour de 1997, alors qu’elle vient de terminer son secondaire, elle décide de prendre la route pour aller rencontrer Helen Klaben aux États-Unis. Au passage, elle en profitera peut-être pour accomplir un pèlerinage grunge sur les traces de Kurt Cobain, son chanteur préféré, qui s’est enlevé la vie trois ans plus tôt à Seattle.

Dans Françoise en dernier, son deuxième roman, Daniel Grenier, né à Brossard en 1980, nous entraîne une fois encore au sud de la frontière. Avec un personnage de fille forte et fantasque lancée dans une dérive du continent pour toucher à sa version du mythe américain. « Quand elle clignait des paupières, elle pouvait presque voir, au loin, sur la ligne d’horizon, devant le coucher du soleil, une troupe de la cavalerie sur leurs montures. Exactement comme dans les films. »

Une traversée du continent elliptique, photo jaunie d’une époque où on n’avait pas besoin d’un passeport pour voyager au sud du 45e parallèle, avec ses clubs de motards et ses diners sans âge. De Chattanooga, au Tennessee, où nous avait déjà emmenés L’année la plus longue (Prix littéraire des collégiens en 2016), en passant par Des Moines et Whitehorse. Presque deux mois après avoir amorcé son rêve américain, alors que ses parents s’inquiètent et que le cégep va commencer, de rencontre en rencontre Françoise va finalement se retrouver au Yukon. « Elle sentait sa présence partout, la présence d’Helen. »

Sans faire de style et avec moins d’originalité que L’année la plus longue, il faut le dire, Daniel Grenier déploie ici ses talents de conteur. Un récit parfois tiré par les cheveux, comme lorsque cet épigone de Moll Flanders et de Mary MacLane vole un portefeuille contenant 750 dollars à son premier essai de pickpocket.

Roman de la route, pastorale américaine, envolée buissonnière, récit d’apprentissage, petit manuel féministe, Françoise en dernier est la trajectoire d’une conscience libre. Celle d’une adolescente bouillonnante et assoiffée d’expériences — mais sans un iota de sexualité — qui choisit de donner une forme à ses rêves.

Françoise en dernier

★★★ 1/2

Daniel Grenier, Le Quartanier, Montréal, 2018, 224 pages (en librairie le mardi 30 octobre)