«Les hijras»: LGBT avant la lettre

<p>L'enquête de terrain menée par Boisvert et ses collaboratrices donnent à voir un univers complexe et hiérarchisé, cherchant sens et cohésion, comme tout en Inde, dans le religieux et les rituels.</p>
 
Photo: Mathieu Boisvert

L'enquête de terrain menée par Boisvert et ses collaboratrices donnent à voir un univers complexe et hiérarchisé, cherchant sens et cohésion, comme tout en Inde, dans le religieux et les rituels.

 

Dans le monde de l’indologie québécoise, Mathieu Boisvert est l’une des voix les plus assidues, les plus compétentes. Le prof de science des religions de l’UQAM roule sa bosse dans le sous-continent indien depuis 30 ans.

Avec Les hijras. Portrait socioreligieux d’une communauté transgenre sud-asiatique, il fait une incursion que peu ont faite avant lui dans une communauté cruellement frappée d’ostracisme — mais qui trouve à s’affirmer, nous fait découvrir le livre, avec une résilience qui tient, vu d’Occident, de la résistance féministe.

Un univers hiérarchisé

Qui sont-elles, ces femmes dans un corps d’homme, tout à la fois craintes, exploitées sexuellement et « enveloppées d’une certaine aura qui, dans l’imaginaire indien, leur donne une ascendance » ?

À partir d’entrevues avec une trentaine d’entre elles, l’enquête de terrain menée par Boisvert et ses collaboratrices donnent à voir un univers complexe et hiérarchisé, cherchant sens et cohésion, comme tout en Inde, dans le religieux et les rituels.

Entrer dans les ordres de la communauté ancienne des hijras, c’est accepter, forcé par sa nature, de tourner le dos au rôle central que joue le fils dans une société hautement patriarcale. C’est avoir le courage d’être soi-même au grand jour.

Il y a des résonances universelles là-dedans. Elles touchent à des valeurs de solidarité partout partagées face à l’exclusion. Ensuite, la recherche de M. Boisvert tombe à point, comme on est ici, en Occident, en pleine réflexion sur les identités sexuelles.

Les choses évoluent aussi en Inde, où la Cour suprême a reconnu l’existence d’un « troisième genre » en 2014 — ce qui n’aurait pas pu se produire sans le développement d’un utile activisme judiciaire. Les hijras : mouvement LGBT avant la lettre, en quelque sorte.

Les hijras. Portrait socioreligieux d’une communauté transgenre sud-asiatique

★★★★

Mathieu Boisvert, Les PUM, Montréal, 2018, 300 pages