Donald Trump dénué de la sincérité d’Hitler

Dans le réquisitoire érudit qu’il dresse contre Washington, Noam Chomsky donne l’exemple le plus parlant d’une hypocrisie.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Dans le réquisitoire érudit qu’il dresse contre Washington, Noam Chomsky donne l’exemple le plus parlant d’une hypocrisie.

Grâce à sa majorité républicaine, le Sénat des États-Unis a confirmé la nomination du juge conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême malgré l’avis d’au moins 2400 professeurs de droit. Ils estimaient que, sans tenir compte des allégations d’inconduite sexuelle qui le visent, le juge ne devrait pas, autant à cause de sa partialité qu’à cause de son agressivité, siéger au plus haut tribunal. Cette promotion, on le devine, ne surprend pas Noam Chomsky.

Le penseur politique américain, qui nuance par l’humour son ardeur polémique, déclare, cette année, que le Parti républicain actuel, défenseur de la nomination de Kavanaugh, le conservateur choisi par le président Donald Trump, « est la plus dangereuse organisation de l’histoire de l’humanité » ! Pour convaincre le public estomaqué, il ajoute : « Pensez-y, Hitler même n’a pas voulu laisser détruire ce qui est nécessaire à l’existence humaine. »

Dans Qui mène le monde ?, son essai achevé au lendemain de l’élection de Trump et récemment traduit en français, Chomsky précise que le Parti républicain « représente désormais un véritable danger » par son rejet de l’écologisme. Il rappelle avec indignation que, juste avant l’adoption de l’Accord de Paris sur les changements climatiques (2015), « le Congrès à majorité républicaine a voté pour saborder » les dispositions américaines « visant à réduire les émissions de carbone ».

Écrite en anglais dès 2017, la postface constitue un excellent exemple du ton cinglant de Chomsky. Afin, selon lui, de mener les États-Unis à un « fascisme à visage humain », capable « d’exploiter la peur et la colère » de tant d’Américains bouleversés par le lent déclin, à l’échelle mondiale, de leur société affaiblie par la financiarisation chère aux plus riches et la délocalisation productive à meilleur marché vers d’autres pays, « il faudrait pour cela un idéologue sincère, du genre d’Hitler ».

Or, ce leader susceptible de détourner l’Amérique blanche « des vrais coupables », ses élites capitalistes, « vers des cibles vulnérables », les immigrants illégaux et les minorités visibles depuis longtemps au pays, ne se manifeste pas. Au terme de son analyse serrée, Chomsky conclut que l’imprévisible Trump, l’idole aux pieds d’argile des républicains, n’est pas de taille, car il reste « quelqu’un dont la seule idéologie perceptible est le narcissisme ».

Dans le réquisitoire érudit qu’il dresse contre Washington sans épargner Barack Obama qui, par sa « campagne planétaire d’assassinats par drone », prouve que son pays reste « un État terroriste de premier plan », Chomsky donne l’exemple le plus parlant d’une hypocrisie. En diabolisant l’Iran, la Maison-Blanche cache sa vieille alliance, fondée sur le pétrole, avec l’État le plus intégriste du monde, l’Arabie saoudite.

L’électorat américain devrait cesser d’être trop souvent inconscient de ce drame.

Extrait de «Qui mène le monde?»

« De nombreux problèmes auraient besoin d’être résolus, mais deux d’entre eux dépassent tous les autres en importance : la destruction de l’environnement et la guerre nucléaire. Pour la première fois de l’histoire, nous sommes devant la possibilité d’un anéantissement de tout espoir d’existence digne, et ce à brève échéance. »

Qui mène le monde ?

★★★★

Noam Chomsky, traduit de l’anglais par Julien Besse, Lux, Montréal, 2018, 384 pages