Arthur Manuel: l’Amérindien altermondialiste

L’autobiographie d’Arthur Manuel retrace 50 ans de militantisme autochtone.
Photo: Écosociété L’autobiographie d’Arthur Manuel retrace 50 ans de militantisme autochtone.

Si les revendications autochtones montrent des signes de fatigue, une perspective nouvelle leur donne une portée planétaire. Naomi Klein le soutient. Elle affirme que l’alliance avec les Premières Nations « est le meilleur moyen de faire obstacle » à la pollution pétrolière en suivant « les traces d’un véritable visionnaire » amérindien, Arthur Manuel (1951-2017), qui voyait en Gabriel Nadeau-Dubois, aujourd’hui à Québec solidaire, un compagnon de lutte.

L’autobiographie Décoloniser le Canada, d’Arthur Manuel, né en Colombie-Britannique et leader là-bas de la nation secwepemc, retrace « 50 ans de militantisme autochtone ». Elle bénéficie, en plus d’une préface de la militante écologiste Naomi Klein, de celle de l’Innu Alexandre Bacon, originaire de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, et conseiller politique de sa nation. Ronald M. Derrickson, homme d’affaires et grand chef amérindien en Colombie-Britannique, signe la postface.

Allant au fond des choses, Manuel dénonce « la doctrine de la découverte », fiction juridique sur laquelle s’appuient encore nombre d’énoncés et de lois justifiant la prise de possession par les Européens des terres habitées par les Autochtones, mais jugées « sans maîtres ». Il se félicite de voir que l’ONU a fini par reconnaître le caractère « raciste » de cette doctrine en adoptant en 2007 sa Déclaration sur les droits des peuples autochtones par une majorité de 143 États.

Seuls quatre, dont le Canada, s’y étaient opposés. Comme la France et le Royaume-Uni, puissances colonisatrices de jadis, s’étaient prononcés pour, l’attitude récalcitrante de leur ancienne colonie restait honteuse : le Canada n’appuira officiellement la Déclaration qu’en 2016. Malgré la réticence d’assimilationnistes qui redoutaient l’éclatement du pays, Manuel, si lucide, estime que la justice ne défie pas le bon sens.

Il souligne : « En cherchant à nous réapproprier un certain contrôle sur notre territoire, nous n’avons naturellement pas l’intention d’en arracher tous les autres habitants et de les renvoyer dans leurs pays d’origine. » On comprend dès lors pourquoi l’indépendantiste québécois Nadeau-Dubois a pu être d’accord avec cette position qui ne contredit pas un mouvement progressiste de libération nationale, mais le nationalisme d’esprit européen d’un Lionel Groulx.

Manuel donnait une leçon de cohérence à tous les progressistes. Il reprochait aux élites autochtones du Canada de se compromettre trop souvent avec le pouvoir en devenant « fonctionnaires subalternes » du gouvernement fédéral.

Faisant de la protection écologique de la « Terre-Mère » la « mission première » de la lutte autochtone, il cherchait l’alliance avec « les forces émergentes » du monde entier. Il avait pour toujours remplacé les récriminations par la solidarité.

Décoloniser le Canada

★★★★

Arthur Manuel, traduit de l’anglais par Geneviève Boulanger, Écosociété, Montréal, 2018, 352 pages