Simplicité volontaire

Le résultat est une sorte de conte cruel à la sensualité timide avec ses dialogues empesés.
Photo: François Couture Boréal Le résultat est une sorte de conte cruel à la sensualité timide avec ses dialogues empesés.

Pa, un agriculteur, découvre un jour un bébé dans la forêt et le ramène chez lui. « Très vite, il en devint fou amoureux. » L’enfant, une fille qu’il va baptiser Millie, va vite inspirer « une répulsion particulière » à Ma, l’ex-prostituée qui vivait avec l’homme. Elle va d’ailleurs tenter sans succès de s’en débarrasser, avant de prendre la fuite.

Des années plus tard, Millie Sanschagrin disparaît à son tour sans laisser de traces. Nous sommes dans le Québec profond sans y être, nous sommes un peu à la fois hier et aujourd’hui : bienvenue dans le village de Saints-Damnés. Au moyen d’une narration kaléidoscopique, Marie-Laurence Trépanier, née en 1991, trace dans son premier roman,Saints-Damnés, la cartographie imprécise de ce village qui semble marqué d’une malédiction.

La police fait son enquête. Un chapitre nous livre, par exemple, le témoignage d’une voisine, la vieille Joe, alias Joséphine Davis-Carpentier, mère adoptive d’un adolescent de l’âge de Millie qui a de la graine de psychopathe. La fermière rapporte que la jeune fille disparue avait une « conscience exacerbée de sa beauté et du pouvoir qu’elle lui confère ». Pour une autre femme qui l’a connue, « elle voulait être le soleil qui brûle la rétine ».

Adepte de simplicité volontaire, Marie-Laurence Trépanier accouche avec ce premier roman d’un univers qui sent la fabrication, où elle a gommé le plus possible les références géographiques et culturelles.

Le résultat est une sorte de conte cruel à la sensualité timide qui, avec ses dialogues empesés et sa tonalité de tragicomédie, emprunte un peu au Gaétan Soucy de La petite fille qui aimait trop les allumettes.

Roman noir à l’intrigue mince, Saints-Damnés est une exploration superficielle du désir et de la violence — celle en particulier qui est faite aux femmes. Dans un même registre, n’importe lequel des romans d’Andrée A. Michaud possède plus de tonus et d’originalité.

Extrait de «Saints-Damnés»

« Il est seul maintenant, comme il l’a toujours été. D’autres bras pousseront, comme les tentacules de créatures fantastiques. Mais rien de ce qui pousse et repousse ne parvient à le satisfaire, rien de la croissance, des excroissances, rien ; il désire tout avec violence mais ne parvient à jouir de rien. Rien ne correspond à ses désirs. Il est un grand appétit de boulimique et il voudrait tuer, tuer, tuer jusqu’à son propre désir. »

Saints-Damnés

★★ 1/2

Marie-Laurence Trépanier, Boréal, Montréal, 2018, 222 pages