«Hunter»: Ian Manook en James Ellroy!

L’auteur signe ici le premier de trois livres développant les mêmes personnages.
Photo: Françoise Manoukian L’auteur signe ici le premier de trois livres développant les mêmes personnages.

En entrant dans cette histoire impossible, vous serez d’abord envahi par un indéniable plaisir de lecture. Dès les toutes premières pages, en effet, le lecteur est happé par cet irrésistible talent de conteur qui a fait le charme et le succès des Yeruldelgger. Il n’y a aucun doute : Ian Manook, ou plutôt Roy Braverman, sait vraiment y faire !

Nous sommes toutefois bien loin de la Mongolie : dans les Appalaches, pour être plus précis, en pleine tempête de neige. Un homme suit une voiture dans les collines et lorsqu’elle s’arrête à un bar dans un village perdu… tout dérape. L’homme parvient à peine à mettre la main sur celui qu’il poursuivait avant que la lame d’une déneigeuse s’enfonce dans le vieil hôtel en arrachant les fils électriques du voisinage et fasse exploser les réservoirs de propane en semant la panique.

C’est tout juste si, dans la bourrasque, le train de marchandises qui s’amène réussira à freiner avant de dévaster davantage la zone sinistrée en proie aux flammes. À elle seule, la scène vaut déjà plus que ce que pourra jamais en donner l’adaptation cinématographique qui s’annonce.

Mais nous n’en sommes qu’au tout début ! Il y aura des hectolitres d’hémoglobine, des poursuites et beaucoup de cadavres, certains cachés dans la neige et d’autres cloués aux arbres par un tir d’arbalète.

Des femmes séquestrées depuis plus de dix ans aussi et transformées en esclaves sexuelles ; des gens qui souffrent aux mains de personnages dégueulasses et éminemment crédibles, salauds de la pire espèce se donnant tous les droits.

Et d’autres aussi, dévastés, qui veulent se faire justice puisque, justement, la justice en prend pour son rhume sur Murder Drive. Comme on le dit sur la quatrième de couverture : « Un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux. »

Ian Manook avait déjà laissé entrevoir dans la série des Yeruldelgger une certaine propension pour la littérature gore, mais ici, il se surpasse : à certains moments, on croirait lire du James Ellroy ou du Bret Easton Ellis. Les amateurs du genre vont avoir l’occasion de se rassasier puisque ce Hunter n’est que le premier d’une série de trois livres développant les mêmes personnages : Crow puis Freeman (le très beau personnage du policier noir rencontré ici) devraient suivre d’ici 2020 chez le même éditeur.

Dernière précision. Tout ce goût du détail sanglant, toute cette horreur banalisée sont, bien sûr, ficelés dans une écriture qui roule à cent à l’heure en vous laissant à peine le temps de respirer. Brrrr. On vous souhaite de parvenir à dormir quand même…

Extrait de « Hunter »

«Et tu es qui, toi, pour savoir tout ça ?

[…] Hunter la défie du regard un long moment, puis quelque chose se casse dans son regard, comme s’il se résignait à un difficile abandon.

— Je suis celui qu’on a accusé de vous avoir enlevées et qui a été condamné à la peine de mort pour ça il y a déjà dix ans. Je m’appelle Hunter.

Thelma n’y comprenait rien, mais les autres reçoivent chacun de ses mots comme des uppercuts qui les déglinguent. Si ce que dit ce type est vrai, s’il a été arrêté et condamné, ça veut dire que les flics et la justice ont considéré l’enquête comme terminée. Depuis dix ans. Ça veut donc dire que depuis dix ans plus personne ne les recherche et que, tout ce temps-là, elles sont restées abandonnées à leur terrible sort. Passées par pertes et profits. Laissées à leur tortionnaire. Le vrai. Celui de chaque jour depuis plus de quinze ans pour certaines. »

Hunter

★★★

Roy Braverman (alias Ian Manook, alias Patrick Manoukian), Hugo – Thriller, Paris 2018, 354 pages