Quatre écrivaines causent cuisine aux Correspondances d'Eastman

Pour Fanie Demeule, l’obsession de l’image se conjugue avec l’obsession de la nourriture.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pour Fanie Demeule, l’obsession de l’image se conjugue avec l’obsession de la nourriture.

Après avoir lutté longtemps contre l’anorexie, l’écrivaine Fanie Demeule a trouvé un exutoire dans l’écriture, et dans la rédaction de son premier roman, Déterrer les os, paru dans la collection « Hamac » chez Septentrion.

Lynda Dion, quant à elle, a fait de sa relation à son image et à la nourriture le thème central de son livre Grosse, dans la même collection.

Épicurienne et gastronome assumée, l’écrivaine Chrystine Brouillet codirigeait récemment le recueil de nouvelles Treize à table, sur le thème de la nourriture. Et Kim Thúy, qui signait récemment Le secret des Vietnamiennes sur la cuisine, a été restauratrice avant d’être écrivaine.

Ces quatre auteures seront réunies samedi à 16 h aux Correspondances d’Eastman pour parler des cuisines de la littérature. Cette table ronde sera animée par Vanessa Courville.

Pour Fanie Demeule, l’obsession de l’image se conjugue avec l’obsession de la nourriture. Enfant, la narratrice de Déterrer les os adore manger. Elle peut aisément avaler sept pamplemousses d’affilée !

« Il y a une jouissance à manger excessivement dans la jeunesse. La narratrice a une faim, et elle veut prendre le contrôle sur cette faim », dit-elle.

Peu à peu, la nourriture devient cependant l’ennemi de l’anorexique, qui s’accorde une rare clémentine selon les calories brûlées dans la journée.

« C’était pour montrer les deux faces d’une même médaille, l’excès de nourriture et le jeûne extrême. »

Il n’est pas rare que Fanie Demeule et Lynda Dion, toutes deux éditées dans la collection « Hamac » du Septentrion, se retrouvent assises autour des mêmes tables rondes. « On a eu le même mal-être qui s’est manifesté de deux manières différentes », dit Fanie Demeule.

« […] cette année-là de mes 26 ans après avoir suivi une dizaine de régimes j’ai pris la première décision importante de ma vie l’ère des privations était terminée maigrir était la meilleure façon d’engraisser à perpétuité je venais de comprendre l’essentiel et je refusais cette condamnation », écrit pour sa part Lynda Dion dans Grosse.

Dans le miroir de la littérature, les écrivains se voient maigres ou énormes, et la nourriture devient symbole de jouissance ou de privation.

Dans le recueil Treize à table, paru aux Éditions Druide, Patrice Godin évoque la faim sans appétit du coureur de fond, qui hypnotise le corps épuisé jusqu’à l’hallucination.

Au fil des nouvelles, la nourriture devient lien, cadeau ou prétexte. Michel-Marc Bouchard tient une conversation à sens unique avec Pina Bausch sur le thème des confitures.

Dans son livre Le secret des Vietnamiennes, paru aux Éditions du Trécarré, Kim Thúy présente la cuisine de son pays natal comme le vecteur des échanges affectifs entre femmes.

« Comme mes parents et ma grande famille vietnamienne, je m’appuie donc sur la nourriture pour leur exprimer du mieux que je peux l’inconditionnel de mes sentiments. La seconde raison : j’estime que rendre une personne heureuse ou savoir lui faire plaisir est un privilège précieux. La cuisine me permet d’utiliser ce privilège presque tous les jours, et ainsi de ressentir la félicité au quotidien grâce à ce rituel », écrit-elle.