«Les fantômes de Manhattan»: la vengeance ne connaît pas de sentiment

En une décennie, R. J. Ellory s’est hissé aux tout premiers rangs des auteurs de «noir» grâce à une écriture exceptionnelle.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir En une décennie, R. J. Ellory s’est hissé aux tout premiers rangs des auteurs de «noir» grâce à une écriture exceptionnelle.

Arrivé comme une comète avec le sulfureux Seul le silence en 2008, R. J. Ellory en est déjà à son dixième livre chez l’éditeur français Sonatine. En une décennie, il s’est hissé aux tout premiers rangs des auteurs de « noir » grâce à une écriture exceptionnelle qu’il parvient à décliner de façon différente dans chacune de ses histoires.

Le récit presque intimiste qu’il nous propose cette fois est une autre brillante illustration de son talent. La jeune trentaine discrète, Annie O’Neill tient une petite libraire en plein coeur de Manhattan ; le Reader’s Rest, angle Duke Ellington et 107e Rue Ouest. Orpheline, elle mène une petite vie anodine entre son magasin, son appart un peu plus haut et son voisin de palier, Sullivan, un journaliste retraité qui joue auprès d’elle le rôle de père et de confident.

Annie est, presque désespérément, seule… jusqu’à ce qu’un vieux monsieur passe à la librairie tout juste avant la fermeture et lui parle de son père disparu alors qu’elle avait sept ans. Ce personnage étrange, Forrester, lui remet même une vieille lettre de son père à sa mère et une large enveloppe brune contenant le premier chapitre d’un manuscrit.

Le récit se dédouble alors pour raconter l’hallucinante histoire d’un jeune rescapé du camp de Dachau qui deviendra un caïd new-yorkais à la fin des années 1950. L’épopée de Harry Rose est absolument bouleversante de vérité et, comme Annie O’Neill, le lecteur voudra lui aussi en savoir plus.

Pendant que Forrester diffuse à petites doses les informations sur le père d’Annie comme les chapitres du récit, un certain David Quinn se pointe à la librairie. Bientôt, une histoire d’amour passionnée viendra donner une couleur inattendue à la vie d’Annie.

Sauf que ce qui s’annonçait comme une fort jolie rencontre prend rapidement la couleur d’une implacable vengeance dont la jeune femme fait les frais.

Ellory réussit à raconter cette histoire sombre teintée d’espoir et de confiance déçue sans tomber dans le mélo en s’appuyant d’abord sur des personnages solides et authentiques : les premiers chapitres du manuscrit de Forrester ont une force de frappe inusitée soulignée encore par la petite vie tranquille que mène Annie.

Mais c’est surtout sa façon magistrale de tisser cette double histoire qui n’en fait qu’une qui soulève le plus grand respect malgré le happy end plutôt inattendu avec lequel il conclut l’affaire.

Peut-être ce léger flottement s’explique-t-il par le fait qu’un nouveau duo de traducteurs se charge ici de raconter tout cela en français…

Les fantômes de Manhattan

★★★ 1/2

R.J. Ellory, traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli, Éditions Sonatine, Paris, 2018, 457 pages