«Les serpents sont-ils nécessaires?»: le réalisateur Brian De Palma publie un premier roman

Brian De Palma, à gauche, en 2015
Photo: Joel Ryan Associated Press Brian De Palma, à gauche, en 2015

Pour sa première incursion dans le domaine littéraire, le célèbre réalisateur américain Brian De Palma appose son regard cinématographique et sa maîtrise de l’art du montage à un thriller politique à la sauce satyrique.

Écrit à quatre mains avec sa conjointe, la journaliste Susan Lehman, Les serpents sont-ils nécessaires ? regorge de thèmes chers au réalisateur de Scarface et des Incorruptibles, en plus d’être truffé de clins d’oeil aux maîtres du septième art, du titre du roman tiré d’une citation du film Un cœur pris au piège d’Henry Fonda aux nombreuses références au héros du réalisateur, Alfred Hitchcock.

Sexe, argent, conspiration et intrigues politiques se nouent et se dénouent à une cadence affolante, les fausses pistes, les retournements de situation et les changements de décor se multiplient, déployés en petites saynètes plutôt simplistes mises côte à côte telle une succession de plans et de mouvements de caméra.

Barton Brock est le directeur de campagne du sénateur Joe Crump. Pour compromettre son adversaire, il recrute une jeune serveuse nommée Elizabeth de Carlo. Ses plans seront toutefois bouleversés par une jeune stagiaire éperdue d’amour, un photographe en quête de sens, l’imprévisibilité des réseaux sociaux et, bien sûr, sa propre ambition dotée d’une forte absence de scrupules.

« La méthode de Brock lui vient d’une réplique qu’il a lue dans une pièce de David Mamet : “Le seul moyen de donner une bonne leçon à ces types, c’est de les tuer.” »

De Palma et Lehman offrent ici, sous les traits d’une multitude de personnages plus ou moins étoffés pour lesquels tous les coups sont permis, une critique acerbe de la politique américaine et une manifestation de cynisme peu nuancée.

Le sens du rythme des auteurs, leur habileté à mener plusieurs intrigues de front et à maintenir la tension jusqu’à la faire grimper à son paroxysme font la force de ce roman dont la plume et le style peu recherchés ne marqueront guère les esprits.

Extrait de «Les serpents sont-ils nécessaires?»

« Le nouveau métier d’Elizabeth est facile. Beaucoup plus facile que de retourner des hamburgers sur une plaque.

Elle est assise au bar du Bloody House Hotel. Là où loge Lee Rogers.

Elle porte un jeans et un chemisier en soie crème. Elizabeth s’y connaît un peu en mode et en sex-appeal. Le carré de peau entraperçu, le moment où le caché rencontre le dévoilé, voilà ce qui est le plus intéressant. C’est une manière élégante de dire que les trois premiers boutons de son chemisier sont ouverts. Discret, mais attirant.

Et devinez qui se laisse attirer ? Oui. Lee Rogers. »

Les serpents sont-ils nécessaires ?

★★★

Brian de Palma, Susan Lehman, traduit de l’anglais par Jean Esch, Rivages/Noir, Paris, 2018, 335 pages