«Vagin Tonic»: sexe féminin 101

«Vagin Tonic» propose une masse d’informations sur le sexe féminin; des informations que l’auteure Lili Sohn elle-même ne connaissait pas avant d’amorcer ses recherches.
Photo: Olivier Sylvestre Le Devoir «Vagin Tonic» propose une masse d’informations sur le sexe féminin; des informations que l’auteure Lili Sohn elle-même ne connaissait pas avant d’amorcer ses recherches.

« C’est mon guide anatomique de la vulve, du vagin, du sexe féminin, quoi ! » résume la jeune bédéiste Lili Sohn au photographe du Devoir qui lui demande, pour casser la photogénique glace, sur quoi porte son livre. Un guide franco-français à volonté éducative : près de 300 pages dessinées qui abordent les notions de féminité, la morphologie génitale féminine, les menstruations, la contraception, l’histoire rapide de la gynéco, le poil et autres chatteries.

« J’aurais aimé ça, moi, que ça me tombe entre les mains quand j’étais au secondaire », a soupiré la fée du journal qui distribue le courrier en posant le livre sur le bureau.

Un livre qui est une masse d’informations sur le sexe féminin ; des informations que l’auteure Lili Sohn elle-même ne connaissait pas. Car c’est en devant se soigner pour un cancer du sein que la bédéiste a réalisé qu’elle ne connaissait « que dalle à [son] corps, de manière affligeante ! » indique-t-elle en entrevue. « En posant des questions, j’ai réalisé que je n’étais pas la seule. Loin de là. »

Dont acte. De fil en aiguille, de crayon en stylo et du sein à la vulve, Mme Sohn, après un premier ouvrage tiré de sa lutte contre le cancer du sein (La guerre des tétons. Tome 1 : Invasion, Parfum d’encre ; Tome 2 : Extermination et Tome 3 : Mutation, Michel Lafon), s’est mise à illustrer son « guide décontracté de la foufoune [selon la définition française] », comme l’indique le sous-titre de ce Vagin Tonic.

Photo: Lili Sohn Illustrations tirées du livre «Vagin Tonic»

« Il y a beaucoup d’infos obscures et fausses sur la vulve et le vagin qui circulent, surtout sur Internet. Ces “10 choses à savoir sur le vagin”, par exemple, avec des listes qui frôlent l’absurdité et des trucs complètement erronés. Même dans les magazines féminins, quand on prône l’importance de laver son vagin [alors qu’il est autonettoyant]. Même à la bibliothèque, je suis tombée sur un bouquin qui recommandait aux adolescentes de se fier comme contraception à la méthode Ogino [ou du calendrier, où l’on doit évaluer le moment de son cycle d’ovulation d’après la texture de la glaire vaginale]. Et même dans les livres scolaires : en France, cette année, il y a un guide — je dis bien un seul — où le clitoris est présent. J’ai vu un guide aussi, tout nouveau, où le garçon a des testicules et un pénis, et où la fille a seulement “le trou du pipi” ; où rien n’est dit sur son sexe à elle. »

C’est le chemin de ses propres découvertes que dessine en réponse Lili Sohn, avec des choix qui lui sont propres. Beaucoup d’attention est portée au genre, à la définition sociale et intime de la féminité. Les maladies, à part l’endométriose et le choc toxique, sont absentes. « J’ai essayé “d’habiter” ; je n’avais pas envie de pathologies », poursuit l’auteure. « J’avais envie de rester vraiment dans l’anatomique. Et de dire que l’anatomie des planches, c’est une chose ; mais que l’anatomie qu’on a dans la tête, l’image construite à partir de ressentis, d’expériences et de connaissances, est aussi importante. Je voulais que ce soit davantage du côté du plaisir. »

 
Photo: Lili Sohn Illustrations tirées du livre «Vagin Tonic»

Un plaisir dont les organes sont nommés (clitoris, point G), mais dont les définitions et manières d’y parvenir restent absentes. « Il aurait fallu un livre entier ! Et c’est vrai que c’est dur d’en parler », avance Mme Sohn. Le chapitre consacré à l’orgasme aborde donc ses conséquences sur les signes vitaux (battements de coeur, poussée de chaleur, etc.) et démonte l’idée que la pénétration en est le how to, sans aller plus loin.

Des détours historiques se font de-ci de-là : pour rappeler les liens troubles de la médecine à la féminité, ou, avant d’expliquer l’importance des chromosomes dans la détermination du sexe de l’embryon, pour relire les croyances sur la conception. « Les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses », peut-on lire. « En Grèce antique, on pensait qu’un testicule fabriquait les garçons et l’autre les filles ». Au Moyen Âge, on croira plutôt que l’alimentation influence le vagin et agit sur les spermatozoïdes, suggérant le festin de testicules de lapin ou d’utérus de lapine pour avoir un garçon ou une fille. Par exemple.

Éducation universelle

Comment amener les garçons et les jeunes hommes à lire ce guide ? « J’ai eu plusieurs retours de lectrices qui m’ont dit que leur mec avait kidnappé et lu le livre avant elles », répond la bédéiste.

 J’ai eu plusieurs retours de lectrices qui m’ont dit que leur mec avait kidnappé et lu le livre avant elles 

« Quand tu es dans un désir de faire plaisir, de donner du plaisir à l’autre, ça aide de connaître son corps », indique celle qui s’attaque maintenant à la déconstruction de l’instinct maternel, se servant de son poupon de cinq mois comme objet de recherche. Ce ne sera donc pas le guide pour celles et ceux qui ont potassé déjà pour découvrir ce qui se trouvait entre les quatre lèvres ; ni pour ceux qui préfèrent les perspectives superposées (féministes sociales, historiques) à la Liv Strömquist ou Diane Ducret.« Oui, c’est très basique ; ça ne fait qu’effleurer la matière ; mais pour plein de gens, il faut cette entrée en matière. Il y a vraiment une volonté pédagogique. J’aime y aller doucement, sans confrontation. Bien sûr, ça pourrait aller 12 000 fois plus loin ! J’avais la volonté de prendre la main de l’autre et de l’emmener doucement. Il y a des gens très engagés, essentiels ; moi, je ne suis pas comme ça. Je cherche la pédagogie. »

À noter que les références utilisées (statistiques, références au système de santé, sites Internet) sont uniquement françaises et que la plupart ne s’appliquent pas pour le Québec.

Vagin Tonic

Lili Sohn, Casterman, Paris, 2018, 272 pages