«Smith & Wesson»: la chute d’une femme

Pas de colt, ni de souris, ni de chat, mis au monde en 1940 par le duo Hanna et Barbera, dans ce récit qui prend racine aux abords des chutes du Niagara en 1902. Côté américain, on s’en doute.
Photo: iStock Pas de colt, ni de souris, ni de chat, mis au monde en 1940 par le duo Hanna et Barbera, dans ce récit qui prend racine aux abords des chutes du Niagara en 1902. Côté américain, on s’en doute.

Les patronymes peuvent parfois être trompeurs, les prénoms aussi, comme ceux que portent Tom Smith et Jerry Wesson, deux gars dans l’Amérique du début du siècle dernier qui se retrouvent au cœur de ce nouveau texte d’Alessandro Baricco, sa nouvelle incursion dans le monde du théâtre après son très remarqué Novecento : pianiste.

Pas de colt, ni de souris, ni de chat, mis au monde en 1940 par le duo Hanna et Barbera, dans ce récit qui prend racine aux abords des chutes du Niagara en 1902. Côté américain, on s’en doute.

Smith, météorologue de son état, y débarque pour alimenter son historique du temps qu’il fait en collectant les souvenirs du monde ordinaire. Wesson, dit le pêcheur, est l’homme qui récupère les corps des âmes perdues qui viennent ici mettre fin à leurs jours. Pour Smith, il est aussi un bassin de souvenirs météo à exploiter. L’arrivée de la jeune Rachel Green, 23 ans, journaliste au San Fernando Chronicles, va troubler l’ordre normal de leurs choses.

À la recherche d’une bonne histoire, elle va finir par se mettre en scène dans le papier qu’elle est venue chercher, et ce, en proposant aux deux bonshommes de l’aider à sauter dans les chutes du Niagara dans un tonneau. Clin d’œil à Anne Edson Taylor, institutrice de l’État de New York qui, en 1901, à 63 ans, est devenue la première femme à survivre à une telle chute.

Le projet de Rachel a déjà son titre, « Le grand saut », et suit le même scénario censé émouvoir les foules.

Espiègle, sensible et réflexif

Dans une succession d’élans qui dévoilent les fragments de l’intrigue, Alessandro Baricco se fait encore une fois espiègle, sensible et toujours aussi réflexif en s’amusant avec ses personnages, qui cherchent autant à être qu’à fuir.

Une jolie métaphore de l’audace, de l’asservissement, mais aussi de la société du spectacle qui donne corps, au final, à une comédie tragique dans laquelle tant Tom et Jerry que Smith et Wesson auraient très bien réussi à trouver leur place.

Smith & Wesson

★★★ 1/2

Alessandro Baricco, traduit de l’italien par Lise Caillat, Gallimard, Paris, 2018, 156 pages