La fable écologique de Zep

Illustration tirée de «The End», de Zep
Photo: Rue de Sèvres Illustration tirée de «The End», de Zep

L’album aurait pu s’intituler « La fin », mais son auteur, le bédéiste suisse Philippe Chappuis, alias Zep, lui a préféré la « coolitude », bien relative vue depuis notre continent, d’une terminologie en anglais. Le coquin !

Faute vénielle ? Oui, surtout pour le père de la série pour ados prépubères Titeuf et des albums comiques Happy Sex, Happy Girls ou Happy Rock, que l’on aime retrouver dans ses créations plus cérébrales et un peu moins légères, dont The End fait résolument partie.

Ici, pas de rigolade, pas d’humour salace, mais plutôt un récit joliment mis en dessin et en case où la nature finit par replacer l’humain à sa place, celle du triste mortel.

Tout commence par la mort suspecte de plusieurs randonneurs dans une forêt d’Espagne. En cause ? La présence dans l’air d’une substance toxique sans doute produite par un champignon nouvellement apparu dans les environs. Mais depuis une base scientifique en Suède, piloté par Frawley, biologiste qui aime The Doors dans une obsession intrusive, un jeune stagiaire, Théodore Atem, va découvrir autre chose en se mettant à l’écoute du « codex arboris », cette mémoire du monde enchâssée dans l’ADN des arbres.

Fable écologique aux accents apocalyptiques, The End puise autant dans les mythologies environnementales et dans les discours alarmistes des dernières décennies pour tenir en tension une trame narrative sur laquelle des innocents meurent, des animaux sauvages cessent d’avoir peur, alors qu’une compagnie pharmaceutique ne se gêne pas pour répandre ses déchets dans la nature sans se soucier des vies alentour. Zep, qui habite dans un pays où les pharmaceutiques en mènent large, comme on dit, s’y amuse avec les angoisses du présent autant qu’avec les monochromes qui circonscrivent habilement les temps de son récit.

Un récit plein de charme et de sensibilité, dont il faut toutefois excuser la ligne morale d’une facilité désolante posée sur la dernière page pour être entièrement savouré.

The End

★★★

Zep, Rue de Sèvres, Paris, 2018, 90 pages