Einstein et un triangle amoureux

Le romancier Didier van Cauwelaert
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse Le romancier Didier van Cauwelaert

Alors que Didier van Cauwelaert composait J’ai perdu Albert, son 31e roman, dans lequel une jeune femme est habitée par l’esprit d’Albert Einstein depuis son adolescence, il a inexplicablement reçu un message du célèbre scientifique lui-même, par le biais d’une de ses amies médiums.

Cette dernière lui affirme avoir reçu la visite d’une « espèce de moustachu hirsute » qui lui demandait de transmettre à Didier que le meilleur moment pour écrire était autour de 4 h du matin. Si elle ne remplissait pas sa mission, il quitterait son esprit pour se réfugier dans celui d’un garçon de café.

Or, ce thème est précisément celui du dernier opus de l’écrivain français d’origine belge, qui renoue avec ses interrogations sur l’existence de l’au-delà et la capacité des morts à communiquer avec les vivants et sa fascination pour celles-ci. Son explication ? « Si ce roman n’a pas été déclenché par des événements réels, peut-être les a-t-il inspirés. »

Chloé est la voyante la plus en vue du pays. Depuis vingt-cinq ans, elle est habitée par l’esprit d’Einstein, avec l’aide duquel elle dicte aux dirigeants du monde la marche à suivre pour s’attaquer aux enjeux planétaires. Toutefois, du jour au lendemain, Albert l’abandonne et saute dans la tête d’un garçon de café, Zac, apiculteur à la dérive plus que sceptique.

Ces personnages, malgré les situations loufoques et irrésistibles dans lesquelles ils sont plongés, s’avèrent d’une rafraîchissante authenticité, le coeur et l’âme couverts de fêlures, leur raison constamment bousculée par leur ambition et leur sensibilité, Einstein le premier.

Cette sincérité permet d’enrichir le divertissement, offrant à travers la consternation et les motifs des héros de limpides ébauches à une multitude de questionnements sur l’impact qu’ont les décisions individuelles sur le monde et l’environnement, et sur l’ampleur de l’influence extérieure dans le déroulement de nos vies. Amusant et éloquent.

Extrait de « J’ai perdu Albert »

« C’est complètement suicidaire ce que je m’apprête à faire, mais c’est ma seule chance. L’absence d’Albert s’est transformée en état de manque insupportable. Cette solitude intérieure, je ne l’ai plus connue depuis mes douze ans. Depuis que la cohabitation forcée avec un Prix Nobel a fait écran aux disputes de mes parents, à ma peur des garçons, à la bêtise ambiante, aux jalousies comme aux rejets que je suscite. Je ne peux pas vivre sans Albert. Je ne suis plus qu’une coquille vide. »

J’ai perdu Albert

★★★ 1/2

Didier van Cauwelaert, Albin Michel, Paris, 2018, 221 pages