Déménagement de la librairie Bonheur d’occasion

La librairie spécialisée en livres rares, en livres d’art et en poésie fermera ses portes fin juillet. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La librairie spécialisée en livres rares, en livres d’art et en poésie fermera ses portes fin juillet. 

La librairie Bonheur d’occasion, spécialisée en livres rares, en livres d’art et en poésie, et sise depuis 2010 sur l’avenue du Mont-Royal, devra fermer ses portes fin juillet afin de déménager et de se tourner vers une formule à plus petite échelle. Car le commerce du livre d’occasion sur cette avenue riche en librairies n’est plus viable, selon le propriétaire, Mathieu Bertrand.

Ouverte en 2000, alors sur la rue de la Roche, Bonheur d’occasion consacre plus ou mois 60 % de ses stocks aux livres rares : éditions épuisées, bouquins avec une plus-value, cartes, livres anciens du XVIIIe siècle, livres d’art avec sérigraphies ou lithographies, poésie et autres appâts à collectionneurs. « Mais à Montréal, c’est impossible de vivre seulement de livres anciens, rappelle M. Bertrand. Il faut avoir un fonds généraliste. L’entreprise a toujours été bien équilibrée. On voyage entre un chiffre d’affaires de 200 000 à 400 000 $ par année, qui me satisfait amplement. Je n’ai pas besoin de toujours grossir. » Quelque 50 % à 60 % du chiffre d’affaires annuel se faisaient donc en ventes de littérature « générale », du polar aux livres de recettes.

Or, selon le propriétaire de Bonheur d’occasion, l’arrivée d’une librairie de la chaîne de réinsertion sociale Renaissance aurait fait chuter depuis 2010 son chiffre d’affaires de 20 à 30 %, rendant son commerce non viable. M. Bertrand sonnait l’alarme en nos pages en décembre 2016, dénonçant ce qu’il estime être de la part de Renaissance une stratégie de dumping du livre. Le directeur et fondateur de Renaissance, Pierre Legault, répondait à l’époque que les clients viennent en librairie chez Renaissance « parce que les prix des autres librairies sont très, très élevés », ajoutant : « On ne fait pas exprès pour nuire aux gens, on fait attention dans bien des situations, mais à un moment donné, quand on grossit et qu’on se développe… »

Bonheur d’occasion fermera ses portes autour du 15 juillet prochain, afin de permettre le déménagement des 20 000 à 30 000 livres du stock. « Je cherche effectivement à déménager pour le mois d’août », a confié M. Bertrand, « pour continuer seulement avec la vente sur Internet et le livre ancien. Je ne cache pas que j’aurais besoin d’un coup de main pour trouver une bâtisse sur le Plateau Mont-Royal, un 800 pieds carrés. Je reviendrais à un commerce à la façon des années 1970, vous savez, fermé deux jours par semaine ». Le libraire déplore surtout le fait qu’avec ce changement, quatre libraires oeuvrant à temps plein perdront leur emploi.