«À toi»: une voix à la douleur

Avec une grande sensibilité, «À toi» témoigne surtout de la force tranquille et de la capacité à se redresser, à trouver refuge et à prendre racine de ces femmes et de ces hommes qui auront, l’espace d’un instant, perdu pied.
Photo: Maria Dubova Getty Images Avec une grande sensibilité, «À toi» témoigne surtout de la force tranquille et de la capacité à se redresser, à trouver refuge et à prendre racine de ces femmes et de ces hommes qui auront, l’espace d’un instant, perdu pied.

Rédigé à l’époque du mouvement des agressions non dénoncées, paru à celle de #MeToo, À toi prend racine dans le courage, celui de donner une voix à sa douleur, de mettre des mots sur ce qui dévaste, de trouver en soi la force de briser le silence et de trouver la liberté.

Composé comme une lettre à celui qui l’a ravagée, divisé en très courts chapitres relatant chacun un épisode particulier de terreur, de peine, puis, tranquillement, de guérison, le roman raconte les six années tumultueuses d’une relation toxique à travers laquelle plusieurs se retrouveront.

Comme l’illustration qui orne sa couverture, la poésie d’Alice Fontaine est percutante, brusque et sans compromis. Avec une franchise qui va droit au coeur et aux tripes, la jeune auteure révèle une à une les plaies béantes d’un passé marqué par un amour tantôt fusionnel, tantôt cauchemardesque, où dépendance et passion charnelle côtoient violences, injures, jalousie et peur.

« Je marche sur les berges du fleuve qui borde la ville. L’Institut Douglas à ma gauche, il me fait de l’ombre. Je sais que je vais y être internée si je ne fais rien. Le fond, je suis en train de le toucher, j’ai les deux pieds pris dedans. Trop longtemps, j’ai voulu oublier, je n’ai pas voulu faire face et voilà que me garrocher dans le fleuve commence à être une option envisageable. »

Par son authenticité, ses mots d’une précieuse justesse et sa volonté de n’omettre aucun détail, cette oeuvre poignante et universelle aide à mieux comprendre la fragilité des victimes, le cercle vicieux dans lequel elles se trouvent embourbées, indépendamment de leur volonté, la culpabilité qui les ronge, autant celle de ne pas être capable de s’extirper d’une situation qu’elles savent destructrice, que celle de ne pas être à la hauteur d’un amour aussi puissant.

Avec une grande sensibilité, À toi témoigne surtout de la force tranquille et de la capacité à se redresser, à trouver refuge et à prendre racine de ces femmes et de ces hommes qui auront, l’espace d’un instant, perdu pied. Il suffit, bien sûr, de savoir les écouter.

À toi

★★★★

Alice Fontaine, Éditions au Carré, Montréal, 2018, 176 pages