«De concert»: le supergroupe de la bédé

Détail d'une case tirée de «De concert»
Photo: La mauvaise tête Détail d'une case tirée de «De concert»

Le succès de l’album d’un supergroupe — expression employée afin de décrire un projet réunissant plusieurs musiciens issus de différentes formations à succès — suppose à la fois que l’on soit capable de distinguer la signature de chacun de ses membres, tout en ayant l’impression d’entendre davantage que la simple et banale conjugaison de plusieurs voix familières.


À l’aune de ces critères, le livre à huit mains De concert est l’oeuvre d’un supergroupe ayant davantage à offrir que l’addition de quatre noms connus de la bédé québécoise et française sur une même marquise. C’est l’évidence : ils ont réellement jammer ensembles, pas seulement rabouter des idées déjà élaborées dans leur coin, en témoignent les nombreuses pages où les héros respectifs de chacun des auteurs se croisent, sorte d’hommage à toutes ces amitiés nées dans la foule moite d’un bar-spectacles.

Dans l’écosystème de ce « band dessinée » (dixit le communiqué de presse), Jimmy Beaulieu serait le chanteur obsédé par ses propres angoisses, Sophie Bédard, la batteuse faussement espiègle, dont les blagues camouflent un réel mal de vivre, Singeon, le bassiste vraiment bizarre et vraiment cool qui dort souvent au local de répétition, et Vincent Giard, le guitariste obsédé par l’expérimentation, grâce à qui la pureté des idéaux du groupe ne sera jamais compromise.

D’abord publiée en feuilleton sur le Web, cette chronique d’un concert à la Sala Rossa, temple montréalais des musiques marginales, émeut surtout en ce qu’elle parvient à cataloguer (presque) tous les besoins primaires que peut combler une soirée à se faire désencrasser le canal auditif. Que ce soit pour nourrir sa misanthropie en observant les autres spectateurs, sortir de son corps, se mettre dans le trouble ou dans l’espoir de frencher un inconnu avant que le soleil ne se lève, le rock demeure le plus fidèle des alliés.

De concert

★★★ 1/2

Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard, Singeon, La mauvaise tête, Montréal, 2018, 92 pages