«L’étoile russe»: le pantin du régime

Dans «L’étoile russe», l’écrivaine et journaliste française Anne-Marie Revol raconte le sinistre destin du plus grand héros de l’URSS.
Photo: Brigitte Baudesson Dans «L’étoile russe», l’écrivaine et journaliste française Anne-Marie Revol raconte le sinistre destin du plus grand héros de l’URSS.

Le 12 avril 1961, le métallurgiste Youri Gagarine monte à bord du vaisseau qui le propulsera vers les étoiles pour en faire le premier homme à voyager dans l’espace. D’un calme légendaire, il attend les instructions. Les risques d’échec sont élevés. Il n’a pas eu la chance de dire adieu à sa femme et à ses filles, qui ignorent qu’il a été élu pour cette mission excessivement risquée. Une heure et quarante-huit minutes après le décollage, Gagarine effectue sa révolution autour de la Terre et échoue dans un champ aux abords de Saratov, intact.

En pleine guerre froide, son exploit est celui d’une nation. Dès lors, et ce, jusqu’à sa mort sept ans plus tard, il devient le pantin du régime soviétique. Dans son deuxième roman, L’étoile russe, l’écrivaine et journaliste française Anne-Marie Revol raconte le sinistre destin du plus grand héros de l’URSS.

Chaque chapitre, daté de l’un des anniversaires de l’exploit, donne la parole à un nouveau personnage qui a connu la légende. À travers cette multiplicité de points de vue basés sur des faits réels, l’auteure explore avec zèle et une précision dénuée de lourdeur les multiples facettes méconnues de ce pionnier dont les ailes ont été très tôt coupées par un parti qui souhaite s’approprier son image et son sourire charmeur.

De son penchant pour l’alcool et les femmes à son grand isolement, de la notoriété empoisonnée qu’il a offerte malgré lui à ses proches aux nombreux rêves qu’il a suscités, Revol fait tomber le mur de secrets entourant le personnage, esquissant de ce fait un portrait exhaustif des impacts de ce vol inaugural. Grâce à sa rigueur, à sa perspicacité et à sa plume franche, fruits de sa prolifique carrière journalistique, Revol parvient à rendre cette foisonnante quantité d’informations et de détails digestes et passionnants. Une oeuvre enrichissante et d’une sensibilité unique sur une histoire trop longtemps demeurée incomplète.

Extrait de « L’étoile russe »

« Une centaine de mètres avant la place Saint-Georges, Y.G. fit halte au pied d’une petite bijouterie. Le nez collé à la vitrine, il m’affirma qu’il possédait plus de bijoux que ce magasin aux présentoirs pourtant richement dotés. En fait de bijoux, il voulait parler de médailles. Celles dont l’URSS l’avait honoré. Celles que chaque pays, chaque capitale visités lui épinglait sur le revers de ses vestes. Il se faisait parfois l’effet d’un sapin de Noël couvert de décorations. D’une bête de concours bardée de macarons. Il disait avoir été empaillé vivant. »

L’étoile russe

★★★ 1/2

Anne-Marie Revol, JC Lattès, Paris, 2018, 318 pages