«Faire aimer l’histoire en compagnie de Jacques Lacoursière»: rêver le présent par l’histoire

Jacques Lacoursière s’est imposé dans le temps comme un historien autodidacte.
Photo: Rémy Boily Jacques Lacoursière s’est imposé dans le temps comme un historien autodidacte.

Le jour, en 1972, où Jacques Lacoursière préside au lancement, à Montréal au Ritz-Carlton, du premier des 15 fascicules hebdomadaires de son magazine populaire Notre histoire : Québec-Canada, en vente dans la chaîne d’épiceries Steinberg, il confirme avec fracas sa vocation de vulgarisateur à succès. Une série historique agréable, vite traduite et adaptée en anglais, exempte en français de la prédication à laquelle Lionel Groulx nous avait habitués !

 

Malgré le peu d’influence sur lui du célèbre chanoine historien montréalais mort en 1967, Lacoursière, né à Shawinigan en 1932, n’a pas échappé au moule clérical, omniprésent à l’époque au Québec. Dans l’ouvrage qu’ils lui consacrent, Faire aimer l’histoire en compagnie de Jacques Lacoursière,ses confrères historiens Jacques Mathieu et Denis Vaugeois ne cachent pas le fait qu’il a subi à Trois-Rivières l’ascendant en histoire du prélat Albert Tessier, essayiste plus éclectique et moins doctrinaire que Groulx.

C’est dans cette ville de province que Lacoursière, fils d’imprimeur et muni d’un simple baccalauréat en pédagogie, commence sa carrière d’historien surtout autodidacte. Il y entreprend en 1962, sous l’égide de Mgr Tessier et grâce à une équipe de collaborateurs, un récit chronologique des événements et des anecdotes de notre histoire, vus sous l’angle inusité d’un imaginaire journal d’information, publié dans le passé mais selon la formule d’aujourd’hui.

Le journal s’intitule Le Boréal Express et dure une dizaine d’années. Dès cette époque, Lacoursière se présente comme un historien « apolitique », du moins aux yeux de Vaugeois, son collaborateur sensiblement du même âge que lui et son ami de longue date, qui livre, dans Faire aimer l’histoire, le témoignage le plus vivant. Dans les différentes éditions du très populaire manuel d’histoire lancé en 1968 et auquel les deux collaborent, les mots Canada et Québec, d’abord absents de la couverture, finissent par s’y joindre l’un à l’autre.

Vaugeois, bien qu’il fût ministre péquiste, laisse entendre que le choix politique et identitaire était volontairement mal défini. Il se plaît à rappeler qu’en 1966, Lacoursière « cède aux sirènes fédérales et accepte un contrat avec la Commission du centenaire de la Confédération ». La belle réussite iconographique du magazine Nos racines (1979-1983), qui associe adroitement histoire nationale et généalogie, ajoute de la gloire à l’as de la vulgarisation, présent même à la radio et à la télévision.

Si Lacoursière n’a pas la profondeur critique de ses aînés, les historiens universitaires Guy Frégault (1918-1977) et Maurice Séguin (1918-1984), parfois difficiles à comprendre, il a réussi, quant à lui, à faire aimer l’histoire du Québec à un plus grand nombre. Il a vite fait le choix de séduire en visant juste plutôt que de discuter. Ce n’est pas rien.

Faire aimer l’histoire en compagnie de Jacques Lacoursière

★★★

Jacques Mathieu et Denis Vaugeois, Septentrion, Québec, 2018, 292 pages