«L’enfant et la rivière»: grandir au contact de la beauté simple du monde

Xavier Coste expose une nouvelle fois un environnement graphique époustouflant, précis, riche et dense.
Illustration: Xavier Coste, «L’enfant et la rivière» Xavier Coste expose une nouvelle fois un environnement graphique époustouflant, précis, riche et dense.

Il faut l’avouer, le roman jeunesse d’Henri Bosco L’enfant et la rivière, publié en 1945, se rappelle au bon souvenir de notre présent avec un intérêt plutôt moyen, pour ne pas dire très mince. C’est que le conte est franchement suranné, avec son personnage principal, Pascalet, enfant de l’après-guerre qui, dans sa Provence natale, se confronte lui-même aux limites de la liberté.

Il vit près d’une rivière qui lui est interdite, et où il rêve de partir sur les traces de Bargabot, braconnier revêche qu’il a en admiration. Profitant de l’inattention de sa tante, il met un jour son projet à exécution et court vers l’inconnu.

Il fera la rencontre de Gatzo, enfant perdu, prisonnier de bohémiens, de l’amitié et de la nature. Le récit a été posé sur papier 70 ans après Les aventures de Tom Sawyer, comme un écho évident au roman initiatique de Mark Twain.

Le fond est prévisible. L’ambiance, elle, l’esprit des lieux, est sans doute ce qu’il reste de plus intéressant dans cette oeuvre et c’est justement ce que l’élégance du trait et la lumière des encres de Xavier Coste saisissent parfaitement dans cette mise en bande dessinée magistrale du récit de Bosco.

Illustration: Xavier Coste, «L’enfant et la rivière» Le fond est prévisible. L’ambiance, elle, l’esprit des lieux, est sans doute ce qu’il reste de plus intéressant dans cette oeuvre.

La poésie vieillotte et évanescente chez l’un trouve donc une deuxième jeunesse dans le dessin de l’autre et dans une série de cases qui s’ouvrent les unes après les autres comme des fenêtres laissant entrer le son des grillons et l’odeur des herbes humides venant de tous ces extérieurs. Pagnol, Cézanne et même Loustal ne semblent pas très loin.

À 28 ans, Xavier Coste, qui s’est mis au monde dans l’univers du 9e art en 2012 avec Ergon Schiele, vivre et mourir (Casterman), une biographie remarquée et remarquable du peintre autrichien, expose une nouvelle fois un environnement graphique époustouflant, précis, riche et dense.

L’ensemble puise dans les nuances de rouge, de bleu, de jaunes, pour donner corps à ces dix jours d’escapade, à ce récit initiatique dans lequel deux enfants surmontent métaphoriquement le traumatisme d’une guerre dans « une vie confuse et mystérieuse ». Et face à « une extraordinaire impression de silence et de solitude », ils vont finir par grandir, au contact de la plus simple beauté du monde.

L’enfant et la rivière

★★★

Henri Bosco et Xavier Coste, Sarbacane, Paris, 2018, 112 pages