«L’erreur de la marqueuse»: naissance de la tragédie (sur un terrain de balle)

Nathalie Babin-Gagnon, auteure de «L’erreur de la marqueuse»
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Nathalie Babin-Gagnon, auteure de «L’erreur de la marqueuse»

Évoquer les beaux jours des Expos devant un ancien partisan compte parmi les moyens les plus fiables de lui arracher un sourire (de nostalgie). Anne-Marie, elle, ne veut pourtant rien entendre au sujet des Nos Amours. Sa fille Chloé ne connaît que la femme froide et taciturne qu’elle est devenue, rien de la grande admiratrice de Gary Carter qui passait, adolescente, ses étés au terrain de baseball.

Campé à la fois dans la période de grâce du début des années 1980, alors que les Expos se montraient réellement compétitifs, et dans un présent où le ballon rond chasse les balles et les bâtons des parcs du Québec, L’erreur de la marqueuse décrit le poids du passé comme une avance de l’adversaire impossible à combler. Une mère contemple le gâchis de son existence au moment où sa fille apprend, comme elle au même âge, à remplir des feuilles de pointage.

Malgré des dialogues souvent lestés de considérations sociopolitiques dont le récit principal pourrait se passer, le quatrième roman de la journaliste de Radio-Canada décrit avec une juste tendresse la relation étroite qu’entretiennent sport, mémoire et enfance. Ce drame très américain d’amour déçu, de famille en panne d’affection et de compromis existentiel que l’on regrette raconte la jeunesse comme le temps de l’émerveillement, mais surtout comme celui de la tragédie façonnant pour toujours notre regard sur l’existence.

Bien qu’elle décrive la transmission de la tristesse comme un cycle que celle qui y en est dépositaire doit avoir le courage de briser, Nathalie Babin-Gagnon insuffle un peu d’espoir à son dénouement en le campant dans un Stade olympique qui revit grâce aux visites désormais traditionnelles des Blue Jays de Toronto. Un choix suggérant que même les causes perdues comme celle de son personnage principal, ou celui du retour des Expos à Montréal, méritent peut-être qu’on y croie.

L’erreur de la marqueuse

★★★

Nathalie Babin-Gagnon, XYZ, Montréal, 2018, 344 pages