«Un militant qui n’a jamais lâché»: un produit singulier de l’histoire politique

Paul Cliche est né en 1935 à Saint-Joseph-de-Beauce au sein d’une famille de tradition authentiquement rouge, clan marqué par les libéraux de 1867 qui, fidèles à Papineau, s’étaient opposés à la Confédération.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Paul Cliche est né en 1935 à Saint-Joseph-de-Beauce au sein d’une famille de tradition authentiquement rouge, clan marqué par les libéraux de 1867 qui, fidèles à Papineau, s’étaient opposés à la Confédération.

En 2001, le journaliste et syndicaliste Paul Cliche, Beauceron puis Montréalais d’adoption, danse une gigue dans la rue en plein Plateau-Mont-Royal. Il est fier d’avoir provoqué la défaite du candidat péquiste Claudel Toussaint en se présentant dans Mercier au nom de la gauche et de l’indépendantisme véritables, même s’il a ainsi fait gagner la candidate libérale, Nathalie Rochefort ! Reste que son ami l’écrivain Jacques Ferron l’avait déjà sacré « le plus sérieux des Cliche »…

Né en 1935 à Saint-Joseph-de-Beauce au sein d’une famille de tradition authentiquement rouge, clan marqué par les libéraux de 1867 qui, fidèles à Papineau, s’étaient opposés à la Confédération, Cliche est le produit singulier de l’histoire politique, surtout dans une région aussi conservatrice que la Beauce, où les progressistes, comme lui, formaient une minorité, petite mais opiniâtre. Ferron, beau-frère du juge Robert Cliche, ce cousin de Paul, surnommait son ami, plus à gauche que le magistrat, « le Boeuf » du clan.

Dans sa passionnante autobiographie Un militant qui n’a jamais lâché, Paul Cliche confirme en mille détails, par une « chronique de la gauche politique au Québec de 1950 à aujourd’hui », le jugement de l’écrivain. On y apprend que l’audace et le flair du candidat en 2001 dans Mercier ont ouvert la voie à Amir Khadir, qui, bien qu’il soit né à l’étranger, représentera le Plateau-Mont-Royal à partir de 2008 avec une ferveur progressiste et indépendantiste que, dès 1980, le Parti québécois avait de plus en plus perdue.

Voilà la conviction de Cliche que partageait son grand ami et mentor depuis 1958, le syndicaliste tonitruant Michel Chartrand, que l’autobiographe aimait comme son propre père. Pas étonnant que Khadir, qui a pu le premier, grâce au militantisme contagieux du Beauceron passionné de stratégie, imposer Québec solidaire sur la scène électorale, signe la préface enthousiaste du livre. Son parti, qui compte maintenant trois députés à l’Assemblée nationale, est l’aboutissement des multiples rêves et tentatives de Cliche.

Le Beauceron, conseiller municipal du Rassemblement des citoyens de Montréal de 1974 à 1978 pour lutter contre le conservatisme du maire Jean Drapeau, avait toujours été proche de ce qui bougeait le plus dans notre gauche. N’avait-il pas reçu en 1966 un appel à l’aide du révolutionnaire Pierre Vallières, alors en prison à New York après avoir manifesté devant l’ONU pour que le monde reconnaisse la situation coloniale du Québec ?

Préférant patience et sagesse politiques aux outrances momentanées de Vallières, Cliche célèbre aujourd’hui l’arrivée à Québec solidaire de Gabriel Nadeau-Dubois, figure de proue du Printemps érable de 2012 et mobilisateur de milliers de nouveaux membres. Ce qu’il appelle le « choc générationnel » inspirerait, à coup sûr, la plus endiablée des gigues.

Extrait de « Un militant qui n’a jamais lâché »

« Aux élections de 1970 et 1973, j’avais voté pour le PQ, mais sans engagement militant. Je m’aperçois vite que le vernis social-démocrate du PQ est bien mince et que son “préjugé favorable envers les travailleurs” est en train de fondre comme glace au soleil, ce que je constate de façon tangible à l’occasion de ma participation, en 1977, à une réunion du conseil général du PQ comme délégué de Rosemont. »

Un militant qui n’a jamais lâché. Chronique de la gauche politique au Québec de 1950 à aujourd’hui

★★★★

Paul Cliche, Varia, Montréal, 2018, 436 pages