«Colibri»: une sorte de Lara Croft avec un passeport canadien

Entre Bangkok et Singapour, l’héroïne de <em>Colibri</em> se frotte aux triades asiatiques.
Photo: Roberto Schmidt Agence France-Presse Entre Bangkok et Singapour, l’héroïne de Colibri se frotte aux triades asiatiques.

Michael Draper a beaucoup voyagé avant de se mettre à écrire des polars. Sur son site Internet, on apprend qu’il a travaillé dans plus d’une cinquantaine de pays un peu partout sur le globe. Sociologue, gestionnaire, professeur d’université puis coopérant international, cet homme aux savoirs multiples possède une vision globale de la situation du monde, et plus particulièrement de l’Asie du Sud-Est.


Pourtant, surprise : on a l’impression, en lisant son dernier opus, de plonger au coeur d’un film d’aventure tourné dans le Triangle d’or et mettant en scène, pour une deuxième fois, une sorte d’invincible Lara Croft possédant un passeport canadien. Ce qui n’est pas tout à fait anodin.

Lara O’Malley est en fait une jeune retraitée de la CIA tout juste installée sur l’île de Koh Chang dans le golfe de Siam. On l’a rencontrée l’an dernier dans Le 489, premier ouvrage de Draper publié chez Leméac, dans lequel elle éliminait le chef d’une importante triade quelque part en Thaïlande. C’est d’ailleurs à la suite de cet exploit qu’elle se retrouve coincée à Bangkok par un général corrompu menaçant de tout révéler… à moins qu’elle ne parvienne à faire disparaître la patronne d’un grand consortium de triades installée à Singapour. Elle va d’ailleurs tout planifier pour y arriver.

Les nouveaux truands se révèlent encore plus odieux que les précédents, mais, heureusement, on voit apparaître à travers tout cela un nouveau personnage, Réal Beauregard (alias Raul Vargas), ancien tueur à gages montréalais en exil, qui vient porter main-forte à Lara (alias Colibri).

Lorsque tout explose finalement, on assiste au visionnement en rafale de cinq ou six épisodes d’une série américaine genre Hawaï 5-0 où, entre les grenades qui éclatent, les roquettes et la pétarade des fusils d’assaut, on trouve le temps de tout nous expliquer en détail.

Avec, en parallèle, un cours en accéléré sur les points forts et les faiblesses des armes modernes et une promenade mouvementée dans les petites villes frontières entourant le Triangle d’or. Oufffff.

Même si le « thriller géopolitique » ne donne pas toujours dans la subtilité, c’est quand même beaucoup. On est loin de Mario Bolduc (Le tsar de Peshawar, Libre Expression), l’autre écrivain québécois qui arpente avec finalement beaucoup plus de réalisme le même territoire fictionnel.

Ici, même si l’écriture de Draper est toujours aussi efficace et force le lecteur à tourner les pages, on comprend mal, étant donné sa connaissance profonde de la région, que la mise en contexte géopolitique fasse aussi cruellement défaut.

On se serait attendu à plus. Le lecteur a en effet souvent l’impression de survoler une réalité complexe, l’auteur se contentant de jouer à fond de tous les ressorts du thriller d’action.

Extrait de « Colibri »

« Raul Vargas ! Je trouve que ça fait un peu Réal Beauregard. En beaucoup plus exotique, bien entendu !

— Au fait, Raul, tu dois savoir que la police de Bangkok m’a piqué toutes mes pièces d’identité établies au nom de Lara McCoy, et que j’ai dû retrouver mon véritable nom : Lara O’Malley. Mais ce n’est pas tout. Tu dois aussi noter qu’en quittant la Thaïlande je vais substituer à ce nom-là celui de Kate Adams, et exceptionnellement celui de Fiona Shanahan. »

Colibri

★★ 1/2

Michael Draper, Leméac éditeur, Montréal, 2018, 232 pages