«Le charme des sirènes»: Gianni Biondillo et les faux plis en tous genres

Gianni Biondillo
Photo: Éditions Métailié Gianni Biondillo

Même si elle est devenue une grande capitale de la mode, Milan continue à vibrer de la vie de ses quartiers populaires. D’un côté, les projecteurs internationaux et les accessoires à 23 000 euros ; de l’autre, des gens ordinaires et orgueilleux et des migrants exsangues qui squattent des appartements minables.

Ces deux mondes parallèles habitant entre les mêmes murs grouillent d’innombrables drames petits et grands… qui semblent toujours tomber sur le bureau de l’inspecteur Michele Ferraro. Comme ce spectaculaire assassinat devant les caméras de la télé lors du lancement de la collection Varaldi.

Le grand couturier n’a évité la mort qu’en se penchant pour ramasser une gerbe de fleurs au moment où le coup de feu éclatait, fauchant une jeune mannequin derrière lui.

Pendant que se tisse, en filigrane, l’histoire d’un vieux clochard et d’une jeune illégale affrontant toute la mauvaise volonté du monde, Ferraro soupçonne très vite un coup fumant. Il se met à fouiller dans l’entourage du couturier au moment où ses collègues déclenchent presque une émeute dans le quartier Quarto Oggiaro en voulant expulser une famille de Maghrébins.

Ferraro parvient à identifier un suspect et un mobile fort plausibles ; ce n’est pas trop difficile, les faux plis abondent dans le secteur. Au final, le coupable sera épinglé et on parviendra à sauver les meubles… et même toutes les machines à coudre.

Ce qui fait l’intérêt de cette histoire grouillante de vie — rendue merveilleusement par la traduction —, ce n’est pas tellement son intrigue, même si celle-ci est bien menée, ni son happy end un peu simpliste. C’est plutôt le sous-texte qu’elle met en relief, comme on disait dans le temps. Ses personnages, beautifullosers à l’italienne.

Sa profonde humanité qui apparaît sous la bêtise crasse omniprésente. Et ce sens de l’humour indescriptible, cet amour de la vie qui fait des Italiens ce qu’ils sont. Encora !

Extrait de « Le charme des sirènes »

« Mais la foule des manifestants au crâne rasé, célébrant bras tendus et mains ouvertes les expulsions, qui regardait de travers les gauchistes barbus et déguenillés, laudateurs des droits civiques, c’était un mélange explosif. Pour jeter dehors quelques squatteurs, on risquait des scènes de guérilla urbaine. »

Le charme des sirènes

★★★

Gianni Biondillo, traduit de l’italien par Serge Quadruppani, Métailié Noir, Paris, 2017, 342 pages