«Pour donner la mort, tapez 1»: Ahmed Tiab amène le djihad dans la cité

Ahmed Tiab
Photo: L'aube Ahmed Tiab

Le climat est souvent tendu dans les « cités » construites dans les collines, au nord de Marseille. Mais il l’est encore plus, dans ce roman haletant, depuis que circule sur les réseaux sociaux une vidéo troublante appelant à voter pour ou contre une exécution (d’où le titre du roman) et faisant craindre les pires excès de Daech (le groupe État islamique).

Pourtant, l’équipe du commissaire Franck Massonnier, de la police de Marseille, n’avait rien vu venir malgré le réseau d’informateurs dont elle dispose. Des « farceurs » ? Des nouveaux venus cherchant à s’imposer ? Et puis voilà que, coup sur coup, on découvre dans les mêmes quartiers périphériques le cadavre d’une femme lapidée avec des boules de pétanque, deux trafiquants de drogue calcinés dans leur auto… et que la fille de Massonnier est enlevée, avec demande de rançon à la clé.

Les lecteurs d’Ahmed Tiab connaissent déjà le bouillant commissaire. On l’a vu dans ses trois livres précédents donner plusieurs coups de main à son enquêteur Kémal Fadil du commissariat d’Oran en Algérie. C’est un policier intègre, spécialiste de l’infiltration, efficace et souvent audacieux. Il mènera l’enquête jusqu’à l’enlèvement de sa fille et s’en remettra ensuite à son second, Lotfi Benattar… un flic issu de l’immigration maghrébine, qui est aussi son amoureux.

L’histoire est complexe, violente, et réglée au quart de tour. Elle met en relief une mouvance islamiste — souvent formée de Français désoeuvrés et violents issus de familles d’immigrants et ne parlant plus l’arabe — frustrée de ne plus pouvoir partir « faire le djihad » en Syrie. Le regard de Tiab sur la situation est aussi pénétrant que judicieux. Mais l’intérêt du livre tient aussi à la profondeur de la relation entre Massonnier et Lotfi. Tout cela finira très mal lorsque les flics attraperont les djihadistes maison, mais on pourra lire ici des pages d’une grande lucidité — d’une grande tendresse aussi — que l’on ne trouve pas dans tous les polars.

Extrait de « Pour donner la mort, tapez 1 »

« On frappera très fort le premier coup, faut qu’ils sachent qu’on est pas des trouillards.

 

— Carrément, un truc bien flippant comme sur les vidéos du Shâm. On va leur montrer qu’on rigole pas, tu vois !

 

— Ils vont vite entendre parler de nous.

 

— Après ça, on va être célèbres, hein ? »

Pour donner la mort, tapez 1

★★★

Ahmed Tiab, L’Aube/Noire, La Tour-d’Aigues, 2018, 217 pages