Appels à la libération de l’écrivain Patrice Nganang

L’auteur camerounais Patrice Nganang
Photo: Georges Seguin CC L’auteur camerounais Patrice Nganang

Douala — Un collectif d’écrivains africains et occidentaux et des défenseurs des droits de l’homme ont appelé vendredi à la libération de l’auteur camerounais Patrice Nganang, interpellé par la police mercredi à Douala (sud du Cameroun).

Un collectif de 17 écrivains africains et occidentaux a lancé une pétition sur Internet « pour la libération immédiate de Patrice Nganang ». Moins de 24 heures après sa mise en ligne, la pétition avait déjà enregistré près de 1700 signatures vendredi soir.

Le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC) et Tribunal Article 53, une association locale de défense des droits de la personne, ont, dans un communiqué, dénoncé « l’enlèvement, l’arrestation et la détention arbitraire » de M. Nganang, demandant aux autorités de le « libérer sans condition et à l’immédiat ». Les deux organisations ont tenu vendredi une conférence de presse à ce sujet.

Patrice Nganang a été interpellé mercredi soir à l’aéroport de Douala, alors qu’il devait embarquer pour Harare pour y rejoindre son épouse, selon une source proche des services de sécurité qui s’exprimait sous couvert d’anonymat.

« Il s’est illustré ces derniers jours par un certain nombre d’actes de provocation », avait ajouté la source sécuritaire, évoquant notamment des publications sur sa page Facebook.

Selon un communiqué rendu public vendredi par son avocat, Me Emmanuel Simh, l’écrivain « serait accusé d’outrage au chef de l’État Paul Biya et mis aux arrêts à la PJ de Yaoundé ». Il « se porte bien et son moral et au beau fixe ».

« J’ai fini par retrouver Patrice et nous avons pu échanger. Il a été arrêté le 6 décembre à Douala, menotté et conduit à Yaoundé dans une voiture qui l’attendait. » Il a été placé « en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire, après qu’on ait confisqué ses téléphones. Il a été délesté de tout ce qu’il avait, sur procès-verbal, et ne pouvait donc communiquer avec personne », a détaillé M. Simh.

Il lui a « été notifié le motif de son arrestation, à savoir l’outrage au président de la république, suivant un post sur son mur Facebook. Il a exigé d’être entendu en présence de son conseil. Ce n’est que vers 13h qu’on lui a permis de téléphoner ce jour », a ajouté l’avocat.

L’écrivain, qui réside aux États-Unis, terminait un séjour au Cameroun pendant lequel il s’est notamment rendu dans les régions anglophones (ouest), plongées depuis un an dans une grave crise sociopolitique aux accents sécessionnistes.

M. Nganang est l’auteur de Temps de chien, prix Marguerite Yourcenar et Grand Prix de la littérature d’Afrique noire. Il enseigne la littérature à l’Université de l’État de New York (SUNY).

Mardi, il avait publié sur le site Internet de l’hebdomadaire Jeune Afrique un « carnet de route en zone [dite] anglophone », très critique envers le président camerounais, Paul Biya, pour sa gestion de la crise et la répression dans ces zones, a rappelé Jeune Afrique, qui s’est inquiété jeudi matin de la « disparition » de l’écrivain.

« Critique féroce et conscience qui ne s’agenouille pas, il a fondé le mouvement Génération Change [organisation de la société civile qui oeuvre notamment en faveur du développement] et entreprend depuis plusieurs années tout un travail aussi bien sur le terrain que dans son écriture, dénonçant les immobilismes, fustigeant les pouvoirs corrupteurs », a écrit dans sa pétition le collectif d’écrivains.