Emmanuel Macron, l’homme qui s’est inventé un destin

Un homme à la détermination sans faille: c’est ainsi que Philippe Besson décrit Emmanuel Macron dans «Un personnage de roman».
Illustration: Tiffet Un homme à la détermination sans faille: c’est ainsi que Philippe Besson décrit Emmanuel Macron dans «Un personnage de roman».

La cote de popularité d’Emmanuel Macron auprès des Français ne cesse de chuter : 34 % d’opinions favorables, contre 66 % lors de son accession à l’Élysée en mai dernier, selon un sondage Ipsos dont les résultats ont été dévoilés mercredi en France. « Ça aurait été pareil pour n’importe quel président », estime Philippe Besson, auteur d’Un personnage de roman, portrait intime et empathique du jeune chef d’État dont il est un ami. Après une sortie remarquée en France, début septembre, le bouquin a été lancé cette semaine au Québec.

« Nous, Français, on est extraordinairement paradoxaux, poursuit l’écrivain français rencontré à Paris il y a quelques jours. On commence par élire un homme pour cinq ans et, au bout de quatre ou cinq mois, on commence à dire qu’il n’a pas fait le job. »

Parmi les reproches adressés à celui qui s’est présenté à l’élection présidentielle comme n’étant ni de gauche ni de droite et que certains surnomment aujourd’hui « le président des riches » : sa réforme du travail et la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF). « En France, on appelle de nos voeux les réformes, et quand elles arrivent, on se dit : c’est mieux si c’est pour les autres », commente, sourire en coin, Philippe Besson.

Encore là, ça fait partie du paradoxe français, selon lui. « Quand on comprend que les réformes vont supposer pour chacun d’entre nous des sacrifices, des changements dans notre quotidien, tout d’un coup elles nous paraissent moins urgentes. »

Ça explique à ses yeux l’inertie de la France depuis 30 ans. « Nous ne réformons pas parce que les présidents finissent par abdiquer les uns derrière les autres. À force de ne pas vouloir déplaire, on ne fait rien. »

Mais Philippe Besson, qui dit avoir toujours eu des accointances avec la gauche, affirme que la différence avec Emmanuel Macron, c’est qu’il ne va pas céder. « Je le vois mal reculer. Et j’ajouterais que plus il y aura d’opposition, plus il voudra faire ses réformes. Ça renforce sa détermination. »

Les coulisses du pouvoir

Un homme à la détermination sans faille : c’est ainsi qu’il décrit Emmanuel Macron dans Un personnage de roman. Il l’a suivi pendant neuf mois en coulisses, à partir de sa démission comme ministre de l’Économie en août 2016 jusqu’à son élection. Il ne cache pas son admiration et sa fascination pour celui qu’il continue de fréquenter.

« À partir du moment où il décide qu’il va être candidat, il est convaincu qu’il va être élu, précise Philippe Besson. Il y a une bascule qui se fait extrêmement vite : il crée son parti politique, il se lance dans l’aventure avec une résolution et une énergie folles. »

Pas du genre à être en proie au doute, le candidat d’En marche !, insiste l’écrivain. « Dès le moment où il se lance dans la campagne, il y va pour gagner, convaincu que son positionnement correspond à l’attente des Français, qui veulent se débarrasser de la vieille caste politique, du tic-tac de la droite et de la gauche. Maintenant qu’on connaît l’histoire, on sait qu’il a eu raison. »

Selon Philippe Besson, Emmanuel Macron n’avait pas imaginé autre chose que la victoire : « Il n’y avait pas de plan B. » Pourtant, cette victoire était hautement improbable, convient l’auteur.

Lui-même en doutait lorsqu’il s’est engagé dans l’écriture d’Un personnage de roman, qui se lit comme un journal de bord décrivant au jour le jour la conquête de l’Élysée par l’ex-banquier alors âgé de 38 ans.

« Il a défié les lois de la probabilité,dit Philippe Besson. Depuis le début de la Ve République, tous ceux qui ont été élus l’ont été parce qu’ils appartenaient à l’un des deux grands partis : soit au parti conservateur, quel que soit le nom qu’il ait eu, soit au Parti socialiste. Et il n’avait que deux ans d’expérience politique, ce qui est bien peu comparativement à ses prédécesseurs. En plus, si jeune, à 38 ans. Sans oublier qu’il a lancé sa campagne électorale avec zéro euro, contrairement aux candidats des grands partis. »

Une fiction rattrapée par l’histoire

Pour cet auteur de 18 romans intimistes, pas du tout politiques, il s’agit d’un cas où l’histoire en train de s’écrire est plus forte que la fiction. Un moment où le réel a plus de talent que la fiction.

« On se serait vus il y a un an, lance-t-il, je vous aurais dit que j’ai écrit un récit de politique-fiction racontant comment allait se passer la campagne électorale et que ça se terminerait par Macron à la présidence, vous auriez éclaté de rire ! »

Une anomalie, Emmanuel Macron, un personnage romanesque qui s’est inventé un destin, tel qu’il apparaît dans l’ouvrage de l’écrivain. Un ouvrage pas du tout objectif, il en convient. « Je ne suis pas journaliste. Je revendique ma subjectivité d’écrivain, mes émotions, ma fascination, et parfois aussi ma lassitude, mon exaspération. » Comme il le mentionne dans Un personnage de roman, il est même passé du statut d’observateur à conseiller en cours de campagne.

Son amitié ne l’empêche pas pour autant d’être lucide, de voir chez l’autre ses défauts, argue-t-il. Par exemple : le fait qu’Emmanuel Macron fasse des discours trop longs, ou qu’il a du mal à reconnaître ses erreurs. « Quand il a parlé du colonialisme comme d’un crime contre l’humanité, par exemple, il a compris ensuite que c’était une erreur, mais son réflexe naturel, immédiat, dans ces cas-là, c’est toujours de nier. »

Un président têtu

Mais le plus souvent, les défauts qu’il concède au président, Philippe Besson parvient aussi à en faire des qualités. D’un côté, il dit qu’Emmanuel Macron écoute assez peu les conseils qu’on lui donne, qu’il n’en fait qu’à sa tête à la fin. De l’autre, il affirme que ça peut être une bonne chose : « Il se trouve que le système républicain français est ainsi fait que tout dépend d’un seul homme. On a finalement une République très monarchique, où le président décide de tout. Donc, il vaut mieux un homme qui ne soit pas sous influence. »

Philippe Besson indique que la France a connu ce genre de président toujours d’accord avec le dernier qui a parlé : « François Hollande était quelqu’un qui était très sous influence, d’une certaine manière. Il vaut mieux quelqu’un qui a une vision très claire des choses et qui se tienne à ça. »

L’auteur reconnaît aussi que son ami, à qui il ne connaît aucun autre ami, se livre assez peu. Et qu’il apparaît froid, neutre. Mais ce peut être un avantage, souligne-t-il, l’absence d’affect étant ce qui permet parfois de prendre des décisions courageuses.

Il se dit persuadé que les grands hommes, ce sont aussi ceux qui ont une part d’opacité, de mystère. « On sort de deux présidents, Sarkozy et Hollande, qui opéraient des présidences transparentes, horizontales, anecdotiques : tout était sur la table, tout se disait, tout se mélangeait, tout se valait. Mais je ne crois pas que le général de Gaulle et François Mitterrand aient été des présidents très transparents. Ils gardaient une part de mystère, de la hauteur, ils prônaient la verticalité et la rareté de la parole. »

Philippe Besson affirme que l’opacité d’Emmanuel Macron, ce président dit jupitérien, référence mythologique au dieu des dieux qui gouverne la terre et le ciel, s’est encore accentuée depuis qu’il occupe ses fonctions à l’Élysée. Et il s’en félicite. « Tant mieux. Il faut qu’on redonne à la fonction de président du sens et de la hauteur. »

Un futur écrivain ?

À peine un mois après son élection déjà, Emmanuel Macron confiait au romancier : « Il y a une part d’injustice dans les choix, qu’il faut assumer. » Il parlait aussi de la solitude, non seulement liée au lieu chargé où il exerce le pouvoir, l’Élysée étant en quelque sorte coupé du monde, mais inhérente à la fonction même de président : « Elle est absolue, cette solitude. »

Dans sa jeunesse, l’homme politique se rêvait écrivain. Il a d’ailleurs gardé quelques manuscrits dans ses tiroirs, que seule sa femme, Brigitte, autrefois sa professeure de français, aurait lus. La réaction d’Emmanuel Macron quand Philippe Besson lui demande s’il a des regrets de ne pas être devenu écrivain : « La vie n’est pas finie. »

«Emmanuel M. me fait savoir que, s’il a aimé le portrait, s’il l’a trouvé “juste et bien écrit“, il regrette cette surexposition de son épouse. Je lui réponds qu’il ne peut pas dicter leur conduite aux journaux. Et que, tant qu’à être exposé, mieux vaut un portrait “juste” que les choses fantaisistes, inexactes, inélégantes ou carrément diffamatoires qui circulent, envahissant jusqu’aux  colonnes des magazines réputés sérieux. Il finit par en convenir.»
 
Extrait de «Un personnage de roman»

Un personnage de roman

Philippe Besson, Julliard, Paris, 2017, 247 pages.

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 21 octobre 2017 13 h 03

    Attendons!

    Pourquoi tout ce plat sur Macron? Attendons de voir les résultats d'ici un an. Danger pour lui: se prendre pour un autre. N'est pas de Gaulle qui veut!

    M.L.