Survivre aux caves avec le journaliste Byron Coley

Byron Coley en 2008
Photo: Bryan Bedder Getty Images Byron Coley en 2008

À l’annonce de la mort de l’écrivain Glenn O’Brien, la semaine dernière, une boutade footballistique du légendaire attaquant français Éric Cantona aurait pu résumer l’attitude de ce raffiné passeur du milieu des arts : « Mon plus beau but ? C’était une passe. »

À l’instar d’O’Brien, Byron Coley fait partie de ces personnages plus grands que nature, dont le rôle consiste avant tout à braquer les projecteurs sur le talent des autres. Le chroniqueur à la revue The Wire verra la semaine prochaine son premier recueil de poésie « officiel », Defense Against Squares / Contre les caves, être publié en édition bilingue chez L’Oie de Cravan.

Avec une couverture signée par le bédéiste Charles Burns (Black Hole) et une préface de la musicienne Kim Gordon (de feu Sonic Youth), Defense Against Squares / Contre les caves donne immédiatement le ton. Les poèmes de Byron Coley sont le distillat d’une vie passée à observer la bête — et parfois la bêtise — de l’univers des courants marginaux.

Le résultat est saisissant, tout comme la traduction cosignée par Chaput et Marie Frankland. Leur habile travail sur l’argot américain se résume à travers le malicieux choix du mot « cave » comme équivalence à l’expression anglaise « square » : une référence à la fois à l’argot français d’une autre époque et à un québécisme répandu.

En entrevue téléphonique, l’ancien chercheur de trésors du magazine Spin se fait prolixe, discutant autant de l’influence qu’a eu sur lui l’écrivain Tom Wolfe que du talent de jeunes journalistes, comme le Canadien Jesse Locke, dont il vante la plume.

« Un square, c’est quelqu’un qui se contente de se croire heureux avec ce qu’on lui donne ; quelqu’un qui ne remet rien en question », explique-t-il. Et il écrit : « Les héros les plus faciles sont cohérents / mais ceux qui nous marquent le plus / sont les maniaques inégaux / qu’on découvre à une époque de notre vie / où on a besoin d’être mal guidés. »

Il y a quelques jours, dans les pages de ce cahier, le déluré Alexandre Fontaine-Rousseau affirmait que la critique musicale était plus excitante quand des gars comme Lester Bangs écrivaient à partir de l’impulsion que la musique leur procurait. Tout n’est peut-être pas perdu, aura-t-on envie de lui répondre. Pour reprendre les mots du surréaliste Louis Scutenaire, à qui L’Oie de Cravan, qui célèbre ses 25 ans la semaine prochaine, doit son nom : « Souvent, au lieu de penser, on se fait [peut-être] des idées. »

Byron Coley sera de passage dans la métropole, du 20 au 22 avril prochains, pour souligner l’anniversaire de l’éditeur qui a eu le flair, en 2011, de faire paraître un premier volume de ses chroniques : C’est la guerre. Early Writings, 1978-1983.

Defense Against Squares / Contre les caves

★★★★

Byron Coley, traduction de Benoît Chaput et Marie Frankland, L’Oie de Cravan, Montréal, 2017, 166 pages