Ronce-Rose, Éric Chevillard

Éric Chevillard tient un blogue littéraire, une chronique au Monde des livres, et poursuit dans Ronce-Rose ses carnets de curiosités, dont ses filles sont les destinataires et les personnages. Bons mots tout au présent, conte médiéval dérapant dans une langue poétique, étonnée, absurde, jubilatoire et critique, Ronce-Rose s’avère une 20e parodie ubuesque. La tenue en demeure originale, la teneur, cultivée et la radicalité, fantastique. À la première personne, dans « son moulin à paroles » — son journal —, Ronce-Rose ouvre la boîte de Pandore du merveilleux. Grâce au monde parallèle de la fiction, elle parvient à affronter l’inconnu quotidien. Privée de Mâchefer, son protecteur, aux prises avec une sorcière et un unijambiste dans une ville improbable, menacée de toutes parts, elle se fait du cinéma. Mélange de genres entre ses pirouettes, le fil tient. « Je n’ai eu que trois pas à faire pour sortir du bois. » Ainsi se dit l’initiation à la littérature, déclinée en fragments dans L’autofictif doyen de l’humanité, journal 2014-2015 (L’Arbre vengeur), paru en même temps. Ces livres affirment les bienfaits vitaux de l’imagination.

Ronce-Rose

★★★

Éric Chevillard, Minuit, Paris, 2017, 141 pages