Olivier Bourque nous conduit en poésie sous le soleil pâle des saisons envolées

«En novembre, une feuille d’un jaune éclatant tenait encore dans un arbre ; le mouvement de celle-ci beau comme un accompagnement musical», écrit Olivier Bourque.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «En novembre, une feuille d’un jaune éclatant tenait encore dans un arbre ; le mouvement de celle-ci beau comme un accompagnement musical», écrit Olivier Bourque.

On croirait suivre les pas d’un Jack London poète quand on aborde Le sentier blanc d’Olivier Bourque, tellement les saisons y prennent corps et âme, s’imposent au moindre souffle.

Rien de neuf sous ce soleil pâle des saisons envolées ; rien d’autre que le style tranquille d’un auteur amoureux de ses réminiscences, extraordinairement respectueux de ce qui survit en lui. Son approche calme des choses humaines passe par la nature la plus simple, rattrape les sensations qu’elle a laissées sur sa peau et dans son coeur. Cela est un peu beaucoup désuet, mais tout de même vibrant dans sa vérité !

Ainsi, presque avec piété, lance-t-il ses poèmes, comme sa grand-mère fermait ses yeux, « bien avant que les nids, pour des poignées de vent, ne se découvrent entre les vols », quand les notes du piano ou du violoncelle accompagnent chaque texte ainsi qu’une âme sonore aidant à la réapparition des souvenirs.

Car il y a cet écho musical, toujours sous-jacent dans chaque image ressurgie soit de la maison ancienne, soit des paysages s’effritant parfois sous une glace féroce, qui porte ces poèmes bien au-delà de l’anecdotique. On peut en cerner l’intense proximité lorsqu’il avoue ceci : « En novembre, une feuille d’un jaune éclatant tenait encore dans un arbre ; le mouvement de celle-ci beau comme un accompagnement musical. Je ne changerais rien de tout cela, le coeur du pianiste et de la violoncelliste m’ont accueilli. » Fleur bleue, évidemment, toute cette fragile insistance sentimentale qui liquéfie la révolte devant la mort du paysage, « la mort, les oiseaux tombés durant les grandes migrations, la force que les blessés, que les faibles ont perdue ».

Il est certain qu’Olivier Bourque essaie de mener ailleurs une entreprise déjà assez éculée d’accompagner son écriture de musique d’ambiance. Il cherche en fait à traduire la fluidité des compositions musicales auxquelles il se réfère. Mais rares sont les moments où l’adéquation joue vraiment. Je retiens ainsi ce court passage : « Le soleil descend comme un crabe s’ensable. Les mains du pianiste et de la violoncelliste traversent la pauvreté glaciale. »

Il eût fallu sans doute chercher dans ce sens-là, c’eût été moins suranné.

Le sentier blanc

★★

Olivier Bourque, Triptyque, coll. « Poésie », Montréal, 2017, 64 pages

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