D’une station à l’autre

Une illustration de la station Beaudry par Raynald Murphy
Photo: Raynald Murphy Une illustration de la station Beaudry par Raynald Murphy

Certains prennent le métro si fréquemment qu’ils ne remarquent plus les petits détails qui ponctuent les trajets. Toujours en mouvement, le métro nous mène du point A au point B pendant qu’on laisse le roulis nous bercer au fil des stations, à moitié endormi. Pourtant, quand on prend le temps de lever la tête de notre livre, de notre tablette ou de notre téléphone, des histoires et drames personnels s’y déroulent aussi, invisibles à nos yeux. Alice Michaud-Lapointe, une nouvelle recrue sur la scène littéraire québécoise, elle, profite de ces allers pour inventer une vie aux passagers anonymes qui l’entourent. C’est exactement cette rêverie éveillée qui émane de Titre de transport.

Tantôt, les quais du métro sont le théâtre même de ses courts récits, tantôt les stations permettent simplement de les situer dans l’espace en nous faisant voir de la ville. Ses 21 nouvelles, portant chacune le nom d’une station, nous révèlent les différents visages et couleurs de la métropole.

On retrouve les personnages que tout habitué du réseau de transport en commun rencontrera un jour sur l’une des lignes : la bande d’écoliers (Villa-Maria), la dame au comportement erratique qui transporte des sacs beaucoup trop lourds (Beaubien), la fille qui attend l’ouverture du métro après un one-night (Mont-Royal), celle qui se lance sur les rails pour mettre fin à sa vie (Place-des-Arts), l’itinérant (Atwater), l’odorant couple de squeegees (Berri-UQAM).

Avec son regard sensible et amusant, Alice Michaud-Lapointe dresse ces portraits d’inconnus à un moment pivot de leur journée. À Beaudry, un couple éclate après une soirée au revirement inattendu au Cabaret Mado. À L’Assomption, une fillette accompagne, comme à l’habitude, sa mère qui doit veiller sur sa propre mère à l’hôpital.

Chaque fois, l’auteure jongle avec les styles narratifs. Lorsqu’elle délaisse les récits aux dialogues en langue parlée pour plonger dans les réflexions intérieures, elle s’avère particulièrement poignante. Là, le recueil s’enveloppe d’une douce poésie. Et c’est alors qu’elle puise dans la tête et la vulnérabilité de ses personnages pour aborder leur solitude que la voix de l’auteure se distingue et résonne à travers le chahut des stations de métro.

D’un dessin à l’autre

Le métro de Montréal ne regorge pas de paysages bucoliques, admet d’emblée l’auteur François Barcelo dans les premières pages du Carnets du métro de Montréal, faisant là sûrement référence aux autres carnets plus champêtres publiés chez Les Heures bleues.

Au-delà de ces considérations esthétiques, l’idée de marquer le 50e anniversaire du métro de Montréal en démystifiant ses stations en textes et images (d’après les illustrations de Raynald Murphy) est une excellente idée, surtout que la curiosité des usagers montréalais autant que des visiteurs de passage est toujours insatiable sur ce pilier du transport en commun des métropoles. Qui n’est pas intrigué de trouver réponse aux mystères du réseau de transport qu’il utilise quotidiennement ?

Barcelo, qui confie avoir été l’un des premiers passagers du métro, est chargé de nous le faire découvrir. Les informations sont livrées dans de courtes, très courtes capsules, égayées de son expérience personnelle.

À l’instar des jolis dessins de Murphy montrant le panorama général autour des stations, le portrait du métro esquissé par l’auteur semble observer son sujet de loin sans s’attarder aux petits détails. Dans cette optique, le lecteur qui s’attend à des anecdotes et des révélations en coulisse restera sur sa faim. On en apprend sur l’origine des noms, oui, dans des textes qui disent ce qu’ils ont à dire ; qu’un ticket nous permet de voir du théâtre, aller au cirque et même pêcher ; que les grandes artères commerciales sont desservies par le métro ; on nous donne même les règles de courtoisie et des suggestions sur quoi faire dans le métro (dormir, écouter des balados, lire ses notes de cours…). Belle idée, on y livre conseils et suggestions pour visiter les oeuvres d’art saupoudrées dans le réseau. On prend donc ce Carnets pour ce qu’il est : un contemplatif b.a.-ba du métro.

Titre de transport

Alice Michaud-Lapointe, Héliotrope, Montréal, 2014, 207 pages / «Carnets du métro de Montréal», François Barcelo, illustrations de Raynald Murphy, Les Heures bleues, Montréal, 2015, 127 pages.

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