Max Lobe: un auteur africain à découvrir

Dans «La Trinité bantoue», Max Lobe explore avec légèreté et humour la réalité des immigrés de fraîche date en Suisse.
Photo: Yvonne Böhler Dans «La Trinité bantoue», Max Lobe explore avec légèreté et humour la réalité des immigrés de fraîche date en Suisse.

Jeune auteur camerounais vivant en Suisse depuis huit ans, Max Lobe publie son deuxième roman, La Trinité bantoue. Son premier, 39 rue de Berne (Zoé), avait remporté l’an passé l’équivalent suisse du Goncourt des lycéens. Dans La Trinité bantoue, Lobe explore avec légèreté et humour une réalité pas toujours drôle et qu’il a bien connue, celle des immigrés de fraîche date au pays des Helvètes. L’auteur a la plume alerte, la caricature facile et un ton direct et rafraîchissant. Mais le style reste dans l’ensemble un peu lisse et convenu.

La Trinité bantoue raconte l’histoire de Mwána, un émigré africain tout juste diplômé d’une université suisse et qui cherche vainement un emploi à sa mesure. Entre-temps, il doit accepter des boulots sous-payés : vendeur de produits de beauté, responsable du site Web d’une petite ONG sur le déclin ou, en dernier recours, professeur de danse africaine ! Il a un amant lui aussi fauché — et fainéant en plus —, Ruedi, fils de banquier, qui refuse par principe de demander de l’aide à ses parents. Le couple en est réduit à fréquenter les banques alimentaires.

Mwána doit rendre des comptes à sa soeur, très dévote, qui l’a accueilli en Suisse et qui gagne sa vie comme femme de ménage dans une clinique privée tenue par des religieuses. Pour garder le moral, il dépense une bonne partie de son gombo (argent) à téléphoner à sa mère restée au Bantouland ; femme fière, chaleureuse et d’un optimisme à toute épreuve, Monga Mingá s’en remet à la Trinité bantoue (Nzambé, Elôlambi et les Bankólo — les ancêtres) pour résoudre tous les problèmes.

Départ

Un jour, Mwána se rend compte que la voix claire et rieuse de sa mère est devenue rauque et étouffée. Grâce aux relations de sa fille avec les religieuses, Monga Mingá pourra aller se faire soigner en Suisse, où on lui diagnostique un cancer de l’oesophage. Le roman prend alors une tangente plus grave et plus touchante, mélodramatique même, alors que le fils assiste, impuissant, à la lente agonie de sa mère. Mais les Bankólo veillent…

La Trinité bantoue oscille constamment entre une description satirique des comportements des Suisses envers les immigrés et ceux qui les défendent — politiciens et ONG — et un portrait plus intimiste de la mentalité africaine confrontée au narcissisme helvète. Autant les bureaux d’emploi, avec leurs fonctionnaires suffisants, que les ONG, avec leurs militants écologistes recyclés en antiracistes, sont prétextes à des scènes hilarantes où l’humour, malicieux, n’est jamais caustique. De même la xénophobie est-elle raillée, mais sur un ton gentiment moqueur plutôt que mordant.

La langue de Max Lobe a la vivacité de celle des conteurs traditionnels africains, mais manque encore un peu d’audace et de fantaisie. Les meilleurs passages de La Trinité bantoue sont ceux où l’auteur n’hésite pas à recourir à des expressions africaines pour épicer sa prose : « avoir une roue de secours » pour« entretenir une maîtresse », « laissons l’affaire là par terre » pour « ne parlons pas de ce sujet », « dramatiseuse » pour désigner quelqu’un qui se plaît à exagérer.

Inconnu ici, Max Lobe mérite tout à fait de sortir de l’anonymat : un auteur à connaître et à suivre.

L’auteur est invité d’honneur du Salon du livre de Montréal et sera en séance de signatures, en entrevue et en table ronde les vendredi, samedi et dimanche.

La Trinité bantoue

Max Lobe, éditions Zoé, Genève, 2014, 208 pages