Duras, toujours Duras

Marguerite Duras, au début des années 1950, à son domicile parisien
Photo: Agence France-Presse Marguerite Duras, au début des années 1950, à son domicile parisien

C’est une longue lettre adressée à Marguerite Duras (1914-1996). Un constat de la place, énorme, que son oeuvre a prise dans le parcours de la collègue Danielle Laurin. Pas une lettre d’amour, même si la passion littéraire y est nommée. Plutôt une tentative de décortiquer pourquoi cet attachement à Duras la tenaille. Et pourquoi Laurin n’est pas seule dans ce cas, l’auteure du Ravissement de Lol V. Stein (Gallimard, 1965) et de La douleur (P.O.L., 1985) ayant déclenché son lot d’amour et de controverses.

La journaliste raconte comment elle a voulu s’approcher du mythe, arrachant quelques courtes conversations téléphoniques à une Duras cloîtrée pour écrire, interviewant ses biographes, son fils, l’inévitable compagnon Yann Andréa, voyageant au Vietnam sur les traces de l’enfance de Duras et du décor de L’amant (Minuit, 1984). Tout pour se rapprocher, dans une quête dérisoire par ses détours et belle par son assiduité, du mentor.

Ceux qui ont lu Duras la revoient à travers les yeux de fan de Laurin. Ceux qui la découvriront ainsi pourront saisir, peut-être, à la fois le personnage-auteur, ses obsessions, la fascination qu’il peut exercer. Jusqu’à cette façon qui teinte les phrases de Laurin, pas entièrement durassiennes, mais pas entièrement libérées de l’idole. Normal, puisqu’au centre du livre, cette question : « Jusqu’à quel point peut-on faire corps avec son mentor, sans être complètement avalé par lui ? Je ne sais pas. Je ne sais pas, encore aujourd’hui. »

Duras, l’impossible

Danielle Laurin, Québec Amérique, Montréal, 2014, 178 pages