L’aventure singulière de la famille Maeght

Klara Hobza, Diving Through Europe – Immersion Series, 2013.
Photo: Source BNL MTL/Courtoisie de l’artiste Klara Hobza, Diving Through Europe – Immersion Series, 2013.

Sur la couverture de La saga Maeght, une petite fille âgée de quatre ou cinq ans lutte contre le sommeil sous le regard amusé de deux « géants », l’un tout de noir vêtu, Jacques Prévert, l’autre en tenue estivale un peu débraillée, Pablo Picasso. C’est soir de vernissage à la galerie Maeght (prononcez Mag). Elle, c’est Françoise Maeght, surnommée Yoyo par Prévert à sa naissance. Choyée comme ses deux soeurs et son frère par ses grands-parents paternels, propriétaires de la prestigieuse galerie parisienne et artisans de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, Yoyo a passé toute son enfance au milieu des peintres et sculpteurs les plus réputés des années 1950-1960 : les Braque, Miró, Chagall, Calder et Giacometti. Mais les contes de fées n’ont pas toujours un dénouement heureux.

Profitant du 50e anniversaire de la Fondation Maegt, inaugurée le 28 juillet 1964, Yoyo Maeght, écartée du conseil d’administration de la fondation par sa soeur aînée il y a quelques années, rappelle dans La saga Maeght le parcours atypique et l’oeuvre exceptionnelle de son grand-père Aimé, marchand d’art, éditeur et collectionneur audacieux. Mais elle y règle aussi ses comptes avec ceux qui, après le décès de ce dernier en 1981, ont selon elle trahi l’esprit et la mission de la fondation familiale : son père Adrien, sa soeur Isabelle et leurs sbires. C’est sa version de l’histoire, empreinte de subjectivité, admet-elle, mais documentée, vivante et nuancée.

Divertissant, éclairant

Son témoignage, troublant, se divise en trois parties : l’enfance des trois filles et du fils cadet d’Adrien Maeght, père absent, jet-setteur impénitent plus intéressé par la course automobile que par la vie artistique ; la carrière remarquable du patriarche Aimé, passionné de musique et d’arts visuels, confiné d’abord au métier d’imprimeur lithographe à Cannes, puis sa lente ascension après sa rencontre avec Pierre Bonnard et Henri Matisse en 1936, sans négliger le rôle clé joué par sa femme Marguerite ; enfin, dans la troisième partie, l’auteure raconte le déclin — moins économique qu’artistique — de l’empire familial après la mort de son grand-père.

L’ouvrage vaut surtout par sa peinture du milieu artistique et par le récit des rencontres, des coups de dés et de la détermination qui métamorphosèrent un simple imprimeur en un ami et partenaire des plus grands artistes de son époque. Une lecture divertissante et éclairante pour quiconque s’intéresse à cette période clé de la modernité artistique.

La saga Maeght

Yoyo Maeght, Avec la collaboration de Pauline Guéna, Robert Laffont, Paris, 2014, 334 pages.