Le graveur William Blake: l’imagination au service de la vie

L’artiste William Blake réalisait des gravures enluminées d’une beauté sauvage, comme celle-ci, intitulée Triel (initialement en couleurs).
Photo: William Blake L’artiste William Blake réalisait des gravures enluminées d’une beauté sauvage, comme celle-ci, intitulée Triel (initialement en couleurs).

Traduit ou commenté par Gide, Bataille, Julien Green, Joyce, Borges ou encore Ginsberg, le poète et graveur William Blake (1757-1827) est pourtant demeuré mal connu dans le monde francophone. Dans William Blake ou l’infini, l’essayiste Christine Jordis dit avoir voulu « faire aimer » celui qu’elle considère comme un des plus grands génies littéraires et artistiques de l’histoire. Car les très nombreuses références de Blake à la Bible, indissociables de son époque et de son milieu — l’Angleterre puritaine de la fin du XVIIIe siècle —, rendent aujourd’hui son oeuvre moins accessible que celle d’autres visionnaires tels Rimbaud ou Nietzsche.

 

Farouchement indépendant, mystique et anticlérical, Blake n’a jamais cessé de dénoncer, dès ses Chants d’innocence (1789) et jusqu’à son Milton et son Jérusalem (peut-être 1811, 1820), le pouvoir de l’argent, le travail machinal, la morale établie ou les fables de la religion. Il a plaidé pour l’insoumission, la liberté sexuelle, et surtout la poésie et l’imagination au service d’une vie plus intense, à contre-courant du matérialisme et du positivisme triomphants de son époque.

 

Poésie sur cuivre

 

Ces pensées radicales, il les transcrivait non seulement en vers, mais en gravures enluminées d’une beauté sauvage et fulgurante. Graveur de métier, il inventera même une nouvelle technique, sur cuivre, inverse de l’eau-forte, retrouvant ainsi l’éclat des pages peintes des manuscrits médiévaux.

 

« Blake, écrit Jordis, fut peut-être le premier à associer de façon aussi étroite ce qui s’écrit et ce qui se peint ou se dessine. » En plus de ses propres oeuvres, il illustra sur commande Le livre de Job, La divine comédie et des pièces de Shakespeare, mais chaque fois en se les appropriant.

 

« Libérer l’humanité asservie au règne du matérialisme pour le rendre à l’art et à la poésie », telle était, selon Jordis, la tâche que s’était assignée Blake et à laquelle il est resté fidèle toute sa vie, heureux semble-t-il en dépit des moqueries, des humiliations, de la misère et de son exclusion des coteries artistiques de l’époque.

 

Christine Jordis donne quelques clés nécessaires pour entrer dans cet univers inimitable et foisonnant, qui nous rejoint peut-être davantage aujourd’hui, alors que le matérialisme et le rationalisme ont montré leurs limites et, parfois, leur puissance destructrice.

William Blake ou l’infini

Christine Jordis Albin Michel Paris, 2014, 283 pages