Pierre Herbart, ou le retour de l’écrivain prodigue

Malgré son audace et ses grandes qualités littéraires, Pierre Herbart ne connut jamais la notoriété.
Photo: Source Éditions Grasset Malgré son audace et ses grandes qualités littéraires, Pierre Herbart ne connut jamais la notoriété.

Seuls les férus d’histoire littéraire et les amateurs d’écrivains marginaux, mais exemplaires, connaissent le nom et l’oeuvre de Pierre Herbart (1903-1974), à qui le biographe Jean-Luc Moreau vient pourtant de consacrer un volumineux et passionnant ouvrage.

 

D’abord protégé de Jean Cocteau puis d’André Gide, journaliste d’enquête en Indochine et en Afrique noire devenu anticolonialiste et fervent communiste avant de dénoncer la Russie stalinienne dans le sillage de Gide, séducteur, homosexuel sans complexe, opiomane et aventurier devenu un des chefs de la Résistance sous le nom de général Le Vigan, Pierre Herbart eut une vie palpitante, mais mourut dans la misère pour avoir repoussé les compromis et méprisé les possessions matérielles.

 

Écrivain admiré par Gide et Roger Martin du Gard pour son style sec, dépouillé, mais ciselé, et pour son inflexible lucidité, Herbart fut pourtant un auteur malchanceux, qui ne connut jamais la notoriété, malgré l’audace et les indéniables qualités littéraires de ses récits et romans (L’âge d’or, La ligne de force, La licorne), tous réédités ces dernières années (Gallimard). Serait-ce enfin le retour d’un écrivain souvent accusé d’avoir dilapidé ses talents ?

 

Sa discrétion, son « intégrité critique » — selon Gide — et son refus de jouer le grand jeu littéraire peuvent expliquer en partie cette désaffection à l’égard de son oeuvre, qui pourrait aussi être imputée à son style elliptique, sans fioritures, qui peut désarçonner le lecteur non averti. Lui-même voyait l’écriture comme « une entreprise désespérée », en raison de l’écart entre ce que l’écrivain veut exprimer et ce qui en est perçu ou retenu par le lecteur.

 

La biographie de Jean-Luc Moreau parvient magnifiquement à transmettre la cohérence de cette vie et de cette oeuvre, au-delà de ses échecs et de ses contradictions.

Collaborateur

Jean-Luc Moreau Grasset Paris, 2014, 623 pages

Pierre Herbart L’orgueil du dépouillement