Le coffre aux trésors de l’art populaire

Contrairement à ce que l’on est parfois porté à croire, l’industrialisation n’a pas tué l’art populaire, mais l’a simplement transformé : d’un art traditionnel adapté dès le début du XXe siècle au goût des collectionneurs et des touristes, l’art populaire québécois fera place à l’aube de la Révolution tranquille à l’art indiscipliné des « patenteux » et même à l’art « impopulaire » du graffiti.

 

Telle est la thèse lumineuse défendue par l’anthropologue Jean-François Blanchette dans son plus récent ouvrage, Du coq à l’âme. L’auteur ne se contente pas d’y suivre l’évolution de l’art populaire depuis le Régime français jusqu’à aujourd’hui, mais tente de mettre au jour les véritables motivations des « gosseux », « patenteux » et autres « chefs-d’oeuvreux » afin d’expliquer leur incroyable créativité, aussi kitsch ou échevelée soit-elle.

 

Au-delà des réponses passe-partout telles que « pour passer le temps » ou « pour embellir la vie », l’auteur explique plutôt la vitalité de l’art des « patenteux » par un besoin irrépressible de réaliser « quelque chose d’unique, d’inhabituel, de jamais fait », souvent lié à un sentiment de révolte ou de désarroi.

 

Inspiré par sa rencontre en 1983 avec Nettie Covey Sharpe (1907-2002), qui avait amassé avec passion l’une des plus importantes collections d’art populaire au Canada, l’auteur n’hésite pas à aborder toutes les dimensions, même les plus secrètes, de l’art populaire, comme son anonymat ou son côté mercantile.

 

Du coq à l’âme n’est pas seulement un ouvrage stimulant, c’est aussi un plaisir pour l’oeil grâce à ses dizaines d’illustrations couleur allant des tapis crochetés aux motifs traditionnels jusqu’aux tableaux en coquilles d’oeufs de Jacqueline Tremblay et aux bonhommes danseurs d’Elphège Valois. Un véritable coffre aux trésors !


Collaborateur

Du coq à l’âme L’art populaire au Québec

Jean-François Blanchette Les Presses de l’Université d’Ottawa/Musée canadien de l’histoire Gatineau, 2014, 322 pages