Spiritualité de chanteurs

Idole des années yéyé, grâce à des tubes comme Pour un flirt et Les divorcés, Michel Delpech, 68 ans, fait une révélation : il est chrétien et profondément croyant. Il l’a, confie-t-il, toujours été, mais l’épisode dépressif qu’il a connu au début des années 1970 l’a résolument confirmé dans cette foi. Il raconte, dans J’ai osé Dieu…, avoir tâté d’un peu toutes les traditions spirituelles, pour finalement comprendre que le christianisme, dans ses versions copte et catholique, était sa voie.

 

Le chanteur se livre ici avec honnêteté, dans toutes ses contradictions. Son christianisme est intense — « J’ai, écrit-il, une intimité avec Jésus, avec Dieu, plus grande qu’avec n’importe quel autre humain, y compris avec ma femme » —, mais n’exclut pas une croyance aux phénomènes paranormaux. Il dit de ces derniers qu’ils sont sans importance, mais il en parle tout de même, tout en précisant que sa femme est médium.

 

« Chercheur de vérité », le chanteur affirme être « classique » dans sa pratique et n’avoir aucun goût pour les « transes » charismatiques, mais il admet croire « profondément que tout est karma ». Bizarre, le gars.

 

Récemment, Delpech a eu un cancer de la langue. Il avoue avoir choisi de parler enfin de sa foi pour pouvoir conjurer les regrets à l’heure ultime. Son témoignage est décoiffant. « Au pire, confie-t-il, ce Dieu que j’aime, dont il ne m’est pas possible de douter, nous l’avons inventé. Cependant, nous avons besoin de lui. Quand bien même l’aurions-nous créé de toutes pièces, il reste vrai, il reste évident. »

 

Délicat Duteil

 

Yves Duteil, lui, n’a rien d’un yéyé. Chansonnier-poète qui s’inscrit dans la tradition d’un Félix Leclerc, qu’il cite fréquemment dans ses écrits, il a construit, depuis son premier disque en 1974, une oeuvre tout en délicatesse, caractérisée par un raffinement langagier et musical qui n’évite pas toujours les facilités rustiques et les images d’Épinal, mais qui n’en reste pas moins un écrin de réconfort pour ses admirateurs, dont je suis.

 

Dans La petite musique du silence, un recueil de 70 de ses chroniques parues dans Panorama, un magazine français de spiritualité chrétienne, Duteil, à sa gracieuse manière, fait l’éloge de la douceur, de la fragilité et de la beauté, tout en critiquant, sans élever le ton, les passions contemporaines pour la vitesse, l’argent, la célébrité et les nouvelles technologies de la communication.

 

Ses propos, malheureusement, demeurent trop impressionnistes et trop généraux pour convaincre. Contrairement à Delpech, donc, Duteil ne se mouille pas vraiment. La forme de ses chroniques – un trop long premier paragraphe, suivi d’un ou deux brefs —, de plus, est un peu assommante.

 

Maître dans l’art de la belle formule, Duteil note, par exemple, que « le hasard, c’est peut-être Dieu quand il se promène incognito » et que « la souffrance, la maladie, la misère et l’injustice sont peut-être un début de preuve que Dieu ne peut pas tout, et qu’il est plus proche de nous qu’on ne le pense », mais il reste, dans ces pages, peut-être par crainte de ce dogmatisme qu’il abhorre, très discret quant à ses convictions personnelles profondes. On aurait souhaité plus d’audace.

J’ai osé Dieu…

louisco@sympatico.ca

La petite musique du silence

Michel Delpech